Home Lifestyle Faut qu'on parle FAUT QU’ON PARLE: j’ai vécu la descente aux enfers de la dépression

FAUT QU’ON PARLE: j’ai vécu la descente aux enfers de la dépression

Crédit: Shutterstock

Le 27 octobre est la journée mondiale de la dépression. L’occasion de parler de mon expérience à cœur ouvert. Celle d’une jeune femme qui a longtemps vécu dans le silence et dans l’envie d’en finir. Celle d’une nana qui avait tout pour réussir, mais qui a été diagnostiquée dépressive à l’âge de 25 ans. Cette histoire, c’est celle de plus de 300 millions de personnes à travers le monde. Impossible à compendre pour ceux qui ne l’ont pas vécue, je vous explique en quelques mots ce qu’elle a été pour moi.
 

La dépression

Ce n’est pas une passade, un petit nuage gris qui viendrait assombrir certaines journées un peu plus difficiles. La dépression est un état latent, qui grandit en nous tel un monstre bien caché. Elle s’empare de nous et nous dévaste de l’intérieur, créant le néant le plus absolu et nous empêchant de nous en séparer. La dépression surprend sans crier gare. Alors que certains s’étaient toujours cru à l’abris d’une telle folie, elle nous happe de plein fouet et nous emmène dans ses méandres. Petit à petit, on la suit, séduit.

Le monde qui nous entoure

Tu pourrais faire un effort.

On entend cette phrase quand on décide de décliner l’anniversaire de notre meilleure amie ou qu’on peine à s’enthousiamer à l’annonce des fiançailles de la frangine. Ce que notre entourage ne comprend pas, c’est que cet effort est de l’ordre de l’impossible. C’est insurmontable et insupportable de faire face, de porter un masque, car une fois entourée du monde qui semble tourner rond, on perd pied. Le rire et la joie environnants nous arrivent en pleine face et nous rappellent notre chagrin, se transformant en brouhaha inaudible qui nous éloigne un peu plus de la réalité. On y perd la dernière énergie qu’il nous reste. On veut juste être seule, s’allonger sur notre lit et pleurer. À en crever.

La nuit

En plus de broyer du noir durant toute la journée et de peiner à suivre le cours de sa vie (car il faut bien tenir bon et continuer à payer les factures), la nuit est le moment le plus douloureux. Durant toute la journée, on ne pense qu’à une chose: pouvoir se glisser dans son lit. On rêve de s’y enfoncer, de s’isoler et de disparaitre à tout jamais. Mais une fois le moment venu de plonger dans les bras de Morphée, la dépression nous joue des tours. Malgré notre état de fatigue et notre besoin physiologique de nous reposer, la dépression joue la vicieuse et nous empêche d’y parvenir. En silence, le regard perdu dans le vide, on se met à réfléchir, à penser, à imaginer le pire.

Je vais y arriver, détends-toi, ça va aller.

Sauf que les minutes passent, les heures défilent, et le temps semble nous narguer. En plein milieu de la nuit, on en vient à jalouser le monde qui nous entoure. À imaginer nos amis, notre famille, nos voisins, tous en train de rêver et de dormir, apaisés. On se sent alors isolé et  seul au monde. Ils y arrivent eux. On s’énerve car on pense à la réunion de demain, aux cernes qui ne cessent de marquer nos yeux et de les rendre tristes, au teint gris qui a remplacé notre bonne mine.

Vivement que mon réveil sonne.

Sauf qu’une fois que la musique a retenti, on a la tête lourde et le cœur serré. On se glisse hors du lit parce qu’il faut.

Le jour

On ouvre le frigo et on se force à avaler un truc. Insipide, à la limite du nauséeux. Ce qui nous goûtait hier ne nous laisse plus qu’un sentiment amer. Le sucre nous dégoute, le salé nous donne la nausée. Mâcher, se forcer, pour encore un peu résister. Après avoir réussi à avaler un semblant de déjeuner, on se traine jusqu’à la salle de bains. Là, devant la glace, on se confronte à la réalité. Nos yeux trahissent nos nuits trop courtes et notre détresse trop virulente. On se regarde et on pleure.

Tu as tout pour toi, pourquoi tu es si triste?

On repense à cette phrase prononcée la veille par notre maman qui semble s’inquiéter de notre état qui ne cesse de s’empirer. On culpabilise d’être si paumée, on se trouve ingrate et ridicule de se lamenter alors qu’on est en pleine santé, qu’on n’a pas dû affronter les bombes et Irma. On inspire profondément, on s’encourage pour la journée.

Allez, dans neuf heures tu es de nouveau à la maison.

Oui, il faut aller bosser. Pour tenir pied. Pour ne pas s’écrouler.

Le travail

Sourire est une torture. Incapable d’émettre le moindre rictus facial à la vue d’un être cher ou d’une plaisanterie d’un collègue un peu lourd, la vie en communauté est un enfer. L’enfer c’est les autres disait Sartre. Oui. Sourire, prétendre au bonheur, jouer le rôle de quelqu’un qui va bien, et puis répondre

oui

quand on nous demande si ça va. Ce mot qui sort de notre bouche, on le vomit de notre être intérieur. Non ça ne va pas, je voudrais m’écrouler, crier. Les secondes sont des minutes, les minutes des heures. Les réunions avec le patron sont insupportables. On écoute, on acquiesce, on se sent submergé. On ne va pas avouer qu’on est en dépression, on ne peut pas, ça ne se dit pas. C’est un tabou, ça fait peur aux gens. Si déjà nos amis ont fui, que peut-on attendre d’un collègue dont on ne sait rien ou d’un patron qui fait passer l’efficacité avant la vie privée.

Les médicaments

Généralement sur les bons conseils d’un membre de la famille ou d’un ami, on décide d’aller “voir quelqu’un“. On commence souvent par se rendre chez un psychologue. On raconte notre histoire, on parle de nos insomnies, de notre perte d’appétit, de notre envie de rien et de néant, de notre chagrin, de notre solitude mentale. Et puis vient le moment où ce spécialiste prononce cette phrase qui fait mal et qui souvent nous met en colère

vous semblez présenter tous les symptômes d’une dépression. Prenez rendez-vous avec un de mes confrères, il vous guidera.

Sauf qu’une fois entrée dans le bureau de l’éminent psychiatre, on l’entend nous parler de traitement médicamenteux. Et on commence à avaler la pilule. Et c’est là que nos amis et notre famille paniquent.

Quoi tu prends des médicaments? Mais ça y est t’es droguée là non? Tu prends du Prozac?

L’enfer des questions pénibles. Non, je ne suis pas folle. Non, je ne suis pas une autre. Oui, ces médicaments m’aident car sans eux mon cerveau ne fonctionne pas correctement. Sans eux, je ne sais plus bien réfléchir ni penser. Sans eux j’aurais sûrement déjà péter un plomb. Oui, j’ai déjà pensé à me suicider. Alors oui, ces médicaments m’ont sauvée.

Le sevrage

Les effets secondaires sont nombreux. Nausées, insomnies, troubles du sommeil, troubles alimentaires, envies suicidaires… Le cocktail est détonant. En lisant la notice, on arriverait presqu’à se convaincre que finalement, on a peut être exagéré, qu’on n’est pas vraiment si mal, et qu’on pourra s’en sortir sans. Des jours, voire des semaines de maux de tête, de vertiges, d’envie de crever. Et puis on y arrive enfin. On arrive enfin à se relever, à voir des gens, on se retrouve à rire. On a parfois l’impression d’être désinhibé, d’être une autre, de rire à outrance et de vivre avec excès. Mais on continue, c’est toujours mieux que l’envie de se noyer non?

La dépression, ce n’est pas un moment d’égarement. Ce n’est pas un jour sans. La dépression se glisse dans notre vie, s’installe sans rien demander, prend ses aises et son espace, déménage tout et chamboule tout. Habité par elle durant des mois, des années, on oublie même qui on était dans notre vie d’avant. Et puis un jour on s’en sort. On retrouve un ordre, une raison, un sens. On rencontre quelqu’un, on consulte un psy qui nous comprend, on change de boulot, on déménage, on se trouve une passion. Et puis on lui dit d’aller se faire voir. On lui dit au revoir.

Une fille de la rédaction

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