Home Lifestyle Faut qu'on parle FAUT QU’ON PARLE: non, il n’y a jamais “d’enfants consentants”

FAUT QU’ON PARLE: non, il n’y a jamais “d’enfants consentants”

Alors qu’en France, la parole se libère autour de l’inceste dans la foulée de la publication du livre “Familia Grande” et du hashtag #MeTooInceste qui l’a suivie, en plein débat sur l’âge du consentement, une sénatrice a cru bon de rappeler qu’il y a “des enfants qui peuvent être consentants”. Une phrase qui suscite autant d’incompréhension que de colère.

Le livre, sorti début janvier 2021, a fait l’effet d’une bombe. Dans “Familia Grande”, Camille Kouchner, fille de l’ancien Ministre socialiste Bernard Kouchner et d’Evelyne Pisier, a dénoncé les viols dont son frère jumeau aurait été victime aux mains du second mari de leur mère, le politologue Olivier Duhamel. Dans la foulée, le hashtag #MeTooInceste a rapidement rassemblé des milliers de témoignages, faisant écho à des chiffres horribles: d’après une enquête Ipsos, en France, un enfant sur dix serait victime d’inceste. Une clé de lecture qui glace face à une photo de classe, en réalisant que sur la vingtaine de visages innocents qui sourient pour l’objectif, deux ou trois auraient été victimes de viols et abus sexuels de la part d’un proche.

Dans la foulée, le jeudi 21 janvier, le Sénat a adopté à l’unanimité la proposition de loi de la sénatrice centriste Annick Billon (UDI) relative à la protection des jeunes mineurs victimes de crimes sexuels. Un texte de loi qui prévoit vingt ans de réclusion criminelle pour toute pénétration impliquant un adulte et un mineur de moins de treize ans, l’âge ayant fait débat puisqu’il y a eu des discussions pour savoir si celui-ci devait être amené à 15 ou 13 ans. C’est finalement cette dernière option qui a été choisie, et si Annick Billon a confié que la proposition, réfléchie de longue date et non élaborée en réaction à #MeTooInceste, avait été pensée parce que “notre droit pénal actuel ne protège pas suffisamment les enfants contre les prédateurs sexuels“, cela n’a toutefois pas été sa seule déclaration sur le sujet.

Comment une femme peut-elle dire ça ?Sénatrice Annick Billon

Posted by Jocelyne Giver on Saturday, January 23, 2021

Le mythe des “enfants consentants”

Invitée sur le plateau de BFMTV pour revenir sur le débat autour de l’âge, alors même que la majorité sexuelle est fixée à 15 ans en France, la sénatrice a d’abord avancé que “ce seuil d’âge préserve des relations sexuelles, qui peuvent être consenties (…) entre un adolescent et un très jeune adulte”. Interpellée par Bruce Toussaint qui se disait étonné qu’une relation entre un.e ado de 13 ans et un adulte puisse être considérée comme consentie, Annick Billon persiste et signe:

Oui, il peut y avoir des enfants qui sont consentants, et ça, il ne faut pas l’oublier.”

Une réplique qui a mis fin à l’entretien, Bruce Toussaint ayant signifié à la sénatrice que “je ne peux pas vous laisser dire ça. C’est votre liberté de le croire mais c’est ma responsabilité à moi de vous dire que je ne peux pas vous laisser dire ça“. Une réaction qu’on applaudit à la rédaction, où nous sommes tout aussi convaincues que lui qu’il est absolument inconcevable qu’un enfant puisse être consentant lors d’un rapport sexuel avec un adulte, voire même un rapport sexuel tout court.

Curieux ne veut pas dire consentant

C’est d’ailleurs là toute la raison pour laquelle nos codes pénaux ont intégré le principe de la majorité sexuelle en parallèle de celui de la majorité, fixée à 18 ans. Aux yeux de la loi, adultes et enfants sont traités différemment pour protéger ces derniers, plus fragiles car pas encore aussi (in)formés que leurs ainés. Sans nier le fait qu’un enfant puisse avoir une forme de sexualité, parler de consentement revient toutefois à franchir une dangereuse ligne rouge aux allures de non-retour.

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Tout enfant a déjà ressenti un amour très fort pour le parent du sexe opposé, c’est une étape normale du développement, le complexe d’Oedipe étant en règle générale dépassé vers l’âge de sept ans. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’une fillette de quatre ans en plein Oedipe violée par son père est consentante. Pas plus qu’un enfant explorant sa sexualité et développant une passion infantile pour l’un.e ou l’autre adulte de son entourage ne peut l’être si ce.tte dernier.e décide de réciproquer le sentiment et de passer à l’acte.

Disculper les coupables et charger les victimes

En parlant d’enfants “consentants”, Annick Billon ne déresponsabilise pas seulement les coupables, elle fait aussi porter une lourde charge de responsabilité sur les victimes, souvent trop jeunes pour avoir pu dire “non”, prisonnières de l’emprise familiale, et accablées adultes par le poids de la honte et des regrets. Un poids que Camille Kouchner décrit admirablement dans son livre, confiant qu’elle a gardé le silence parce que son jumeau lui a dit que ce n’était que “des jeux” et qu’il ne fallait pas “trahir” leur beau-père. En l’essence, parler d’enfants consentants s’inscrit dans le discours de culpabilisation des victimes et le fameux “tu portais quoi?” asséné aux victimes de viol, une manière de dire qu’au fond, ils et elles l’ont bien cherché, non?

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Des accusations dont se défend Annick Billon, qui a dénoncé à Public Sénat “une incompréhension” et une “interview tronquée” qui ont démontré la “puissance négative d’un réseau social”, accusant les réactions à sa déclaration d’avoir “défait un travail extrêmement constructif”.

Il y a eu une incompréhension dans cette interview tronquée et mon micro coupé. Il y a eu de la malhonnêteté de la part de Bruce Toussaint (le journaliste). C’est une faute professionnelle”

Incompréhension, faute? Pour la sénatrice, ce qu’elle tentait d’expliquer était “qu’il pouvait y avoir des relations amoureuses entre adolescents”. Sauf que le spectre de l’adolescence s’étend de 13 à 19 ans, et que là encore, il est difficile de parler de consentement éclairé quand un.e ado qui vient de faire son entrée en humanités a des relations sexuelles avec quelqu’un qui a fini les siennes et est entré.e dans le supérieur ou la vie active.

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Nier la notion de consentement sexuel chez l’enfant, ce n’est pas le priver de ses droits, c’est lui donner le droit de vivre son enfance comme elle devrait l’être, avec insouciance et intégrité, à commencer par son intégrité physique. Une protection qui sera bientôt actée par la loi en Belgique? Si la proposition de loi de la députée Vanessa Matz est votée, oui, cette dernière ayant réclamé une reconnaissance de l’inceste comme infraction spécifique, avec un seuil d’âge fixé à 18 ans, celui où on estime déjà pour tant d’autres sujets que c’est à ce moment-là seulement qu’on peut prendre des décisions en toute conscience. Parce que quand on ne peut ni boire, ni conduire, ni voter, on est trop jeune aussi pour dire “oui”.

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