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FAUT QU’ON PARLE: des thérapies de conversion “pour remettre les homosexuels sur le droit chemin”

Thérapies de conversion
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En France, la député Laurence Vanceunebrock-Mialon, du parti La République en Marche!, souhaite soumettre un projet de loi visant à interdire les thérapies de conversion d’ici 2020. Eh oui, à l’heure actuelle, aucune législation fédérale n’existe pour répertorier et dénoncer ces pratiques. L’occasion d’aborder ce sujet dont on ne parle que trop peu.

Certains sujets questionnent réellement l’époque à laquelle nous vivons. C’est le cas des thérapies de conversion, ces thérapies de réorientation sexuelle pour les homosexuels; soit un un genre de remède pour remettre ces personnes sur le droit chemin. Splendide exemple de charlantisme, il est difficile d’opter pour la taciturnité face à de telles pratiques barbares. Comme le dit si bien la journaliste Virginie Nussbaum dans un article du magazine “Le Temps”, “si l’homosexualité pouvait être désactivée comme une app sur Androïd, ça se saurait”. Prenant racines aux États-Unis, ces pratiques existent pourtant encore bel et bien en Europe – de la France aux Pays-Bas, en passant par la Suisse, l’Allemagne, et même la Belgique.

L’homosexualité, cette maladie

Longtemps considérée comme une maladie mentale, l’homosexualité a vu défiler devant elle éléctrochocs, lobotomies et traitements hormonaux jusqu’en 1972 aux États-Unis. 1972. La date à laquelle l’homosexualité est retirée du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. La date aussi à laquelle des mouvements religieux, catholiques ou évangéliques, naissent en revendiquant pouvoir guérir cette déviance. Malgré un pas supplémentaire en 1992 avec l’OMS qui supprime l’homosexualité de la liste des maladies mentales, les thérapies de conversion prennent de l’ampleur. Selon une récente étude du William Institute, 698 000 personnes, dont 350 000 LGBTQ mineurs, ont subi ces thérapies sur le sol américain. Un chiffre affolant qui donne le haut-le-coeur, surtout lorsqu’on sait que la plupart a été forcée de subir ces thérapies nocives.

Ces pratiques, on les retrouve aussi par chez nous, en Europe. En France, Jean Adénor et Timothée de Rauglaudre ont enquêté sur ces pratiques durant deux ans, en s’inflitrant parmi deux de ces groupes de guérison – Courage et Torrents de vie. Ces groupes sont discrets, voire complètement secrets. Pourtant, ils existent et ils continuent de prospérer en agissant en toute liberté, parfois même avec la bénédiction des autorités religieuses, comme le précisent les auteurs de l’enquête “Dieu est Amour”. Groupes de parole, prières, louanges, le tout souligné par de grandes théories psychologiques… Ces thérapies appuient sur le fait que “l’homosexualité serait due à une ‘immaturité affective et sexuelle’, à un ‘manque de masculinité lié à l’absence de figure paternelle”, peut-on lire à propos de ce qu’à vécu le journaliste infiltré, dans un article du journal Le Soir. Allant jusqu’à tenir des discours mystiques et homophobes (doit-on le préciser?), ces pratiques relient l’homosexualité à Satan, allant parfois jusqu’à recourir à l’exorcisme ou à la catalepsie pour s’en défaire.

Des pratiques archaïques qui paraissent d’un autre temps et pourtant, qui se déroulent en 2019, en Europe, chez nous. L’impensable existe toujours, à l’heure où le crédo Love is love n’a jamais été aussi marqué, à l’heure où les petits pas en faveur de la communauté LGBTQ+ transforment le paysage gay, à l’heure où la peur de tenir la main d’une personne du même sexe se fait de moins en moins forte, lentement, certes, mais sûrement malgré tout.

Et en Belgique?

Bien que la Belgique soit l’un des pays d’Europe les plus gay-friendly, elle reste sujette à ces thérapies de conversion. Du moins, c’était le cas il y a encore 2 ans, selon un article du journal Le Soir, où des groupes ont bel et bien existé à Bruxelles et en Wallonie. Des groupes où le but était de restaurer l’identité de personnes blessées, avec l’aide du Seigneur. Alors qu’en réalité, tout ce dont les jeunes ont besoin aujourd’hui plus que jamais, c’est de se sentir soutenu, c’est de ne pas avoir peur de clamer haut et fort leur amour pour une personne du même sexe.

Heureusement, en mars 2018, dans le cadre de son rapport annuel sur les droits fondamentaux dans l’Union européenne, le Parlement européen a voté une résolution qui appelle les membres de l’UE a interdire ces thérapies de conversion. Une grande première, alors que l’ONU l’avait déjà fait dans plusieurs pays. Pourtant, malgré cet encouragement, seuls le Royaume-Uni, Malte et quelques régions autonomes espagnoles ont légiféré sur le sujet.

Les pays européens semblent avoir du mal à ouvrir les yeux sur cette réalité, comme en témoigne l’absence de législation sur ces thérapies; il est impossible de porter plainte contre ces pratiques… Pourtant il est évident qu’elles doivent être bannies. Plus que ça! Elles doivent être punies. Elles doivent être condamnées. Pourquoi? Parce qu’elles sont fondées sur la manipulation, la culpabilité, la propagation de fausses croyances. Ces thérapies sont destructrices. Fléau invisible du 21ème siècle, ces pratiques doivent disparaître car être homosexuel, ça devrait être aussi normal qu’être gourmand ou être brun de cheveux. D’ailleurs, le jour où l’homosexualité, au même titre que l’hétérosexualité ou la bisexualité, ne devra plus être considérée comme une “orientation sexuelle” ni un “trait identitaire” ou autre terme soulignant sa soit-disant différence, alors les choses auront réellement changé… En attendant, on se contente de collectionner les petites victoires qui permettent de gravir les échelons de l’ouverture d’esprit et de la conscientisation des causes LGBTQ+.

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