Home Lifestyle Congeler ses ovocytes: 6 questions posées à un expert

Congeler ses ovocytes: 6 questions posées à un expert

Pourquoi congeler ses ovocytes et quand envisager cette possibilité? Le professeur Frank Vandekerckhove, chef de clinique du département fertilité de l’Hôpital Universitaire de Gand, nous détaille cette démarche.

Qu’est-ce le phénomène de « social freezing »?

“Certaines pathologies nous poussent à conseiller aux patientes de faire congeler leurs ovocytes, pour préserver leur possibilité de maternité, qui serait affectée par le traitement de leur maladie. Mais dans d’autres cas, les femmes qui prennent cette décision le font par volonté d’avoir des enfants plus tard et de se donner toutes les chances d’y parvenir alors. Ce principe de congeler ses ovocytes non pas pour des raisons médicales mais dans le but d’une utilisation ultérieure s’appelle le ‘social freezing’. Ce phénomène sociétal concerne souvent des femmes qui font carrière et arrivent à un âge ou leur fertilité diminue mais où elles ne se sentent pas encore prêtes à mettre leur vie professionnelle temporairement de côté. Lorsqu’elles le souhaitent, les ovocytes prélevés sont alors décongelés et fécondés en laboratoire via une fécondation in vitro. Les embryons sont ensuite replacés dans l’utérus.”

Pourquoi ce type de procédure peut-elle s’avérer utile?

“Arrivé un certain âge, le corps féminin subit des changements. L’approvisionnement en ovocytes diminue ainsi progressivement d’année en année. Leur stock présent à la naissance, ne cesse de s’amoindrir au fil du temps. Et lorsque cette production atteint son point zéro, cela marque le début de la ménopause. Le nombre d’ovocytes diminue fortement dès 35 ans et l’on assiste à une chute massive à 37 ans. La qualité des ovocytes diminue également avec le temps. Une part de ceux-ci demeure totalement fonctionnelle et normale mais certains peuvent présenter des anomalies génétiques. Parmi celle-ci, la plus connue est le syndrome de Down, aussi appelée trisomie 21, mais il en existe aussi d’autres types de complications. Et plus tard une femme congèlera ses ovocytes, plus le risque est grand que ceux prélevés soient aussi défaillants. Ainsi, une patiente qui commencerait ce traitement à 37 ans, aurait considérablement moins de chance de parvenir à tomber enceinte plus tard via fécondation in vitro, que si elle l’avait fait bien plus tôt. Autant dire que celles qui souhaitent retarder le moment d’une éventuelle grossesse, ont intérêt à faire au plus tôt congeler leurs ovocytes pour s’assurer toutes les chances de réussite.”

Jusqu’à quel âge peut-on faire congeler ses ovocytes?

“Rien ne stipule légalement ce qui est autorisé ou non. La seule interdiction claire est de procéder à un traitement par FIV chez une femme âgée de plus de 45 ans. Certaines études ont par contre déterminé le nombre d’ovules moyen nécessaire pour parvenir à procréer en fonction de l’âge. Ainsi 15 à 20 ovocytes seraient suffisants pour une patiente âgée de moins de 37 ans, mais 30 serait nécessaires aux alentours des 40 ans. Si le traitement n’est pas commencé à temps, le faible taux d’ovocytes restant rendra la future procréation très difficile. Il est donc vivement conseillé de faire congeler ses ovocytes avant 37 ans, même si rien n’interdit de le faire plus tard. Mais les médecins ne doivent pas donner trop d’espoir à celles qui décident de le faire après cet âge-là.”

Quelle somme faut-il prévoir pour pouvoir entamer cette procédure ?

“Il ne faut pas sous-estimer le coût de la congélation des ovocytes. Ainsi, un seul cycle durant lequel nous essayons de recueillir une douzaine d’ovocytes peut coûter jusqu’à 1500 € à la patiente. Ce montant diffère d’une femme à l’autre, en fonction du taux d’hormones qui lui sera nécessaire ou de possibles consultations supplémentaires. Et si plusieurs cycles sont nécessaires, cette somme peut alors être doublée ou triplée. Il faut savoir que le traitement n’est pas remboursé par la mutuelle. Des consultations aux médicaments, tous les frais sont donc à charge de la patiente. Si celle-ci est assez jeune, un cycle devrait être suffisant pour réussir. Par ailleurs, moins de 10 % des femmes utilisent au final leurs ovules congelés. Les autres ont soit décidé de ne pas avoir d’enfants, soit réussi à tomber spontanément enceintes ou fini par pratiquer une FIV avec des ovocytes d’ube donneuse. Il est donc essentiel de peser le pour et les contre et d’estimer le ratio coût-avantages de ce choix.”

Quel est l’âge idéal pour congeler ses ovocytes?

“En théorie, plus jeune on est, mieux c’est. Mais dans les faits, c’est précisément le groupe de patientes qui sera au final le moins enclin à employer un jour ces ovocytes congelés. Les chances qu’une femme de 24 ans finisse au cours des années qui suivent par tomber naturellement enceinte, sont grandes. Je pense donc que le groupe cible pour cette procédure a entre 32 et 37 ans, car c’est à ce moment où le temps commence à manquer. Elles sont aussi alors les plus susceptibles de pouvoir financer l’intervention.”

Quel est le pourcentage de femmes congelant leurs ovocytes en Belgique ?

Dr. Vandekerckhove: “Aucun registre n’est tenu en début de traitement. Il n’existe donc pas de chiffres officiels reprenant le nombre de procédures pratiquées dans notre pays. Dans notre clinique, nous rencontrons en moyenne trois nouvelles patientes chaque mois. Mais dans notre société, le social freezing devrait être considéré comme un plan B pour chacune. Contrairement aux pays Scandinaves, en Belgique, une femme prend des risques professionnels si elle décide de mettre sa carrière entre parenthèses pour avoir un enfant. Idéalement, il ne faudrait pas devoir promouvoir ce genre de traitements et notre pays devrait garantir qu’aucune femme n’ait à choisir entre donner la vie et avoir des ambitions professionnelles.”

Texte: Jorik Leemans et Barbara Wesoly.

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