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Le volontourisme, l’arnaque à l’humanitaire qui coûte cher

Kathleen Wuyard


Qui ne compte pas dans son cercle de connaissances élargi quelqu’un qui a fait du volontariat à l’étranger durant ses vacances? Une activité louable qui cache toutefois le plus souvent du volontourisme, soit une arnaque à l’humanitaire bien rodée.


Celle-ci a passé une semaine de son mois en Asie du sud-est à “venir en aide aux orphelins” en Birmanie. Celui-là a profité de son année de transition entre la rhéto et le supérieur pour passer quatre mois à apprendre l’anglais aux States et quatre autres mois à apprendre le français à une classe d’enfants péruviens tout en mettant ses temps libres à profit pour aider à construire un nouveau bâtiment pour l’école. Pays et missions sont interchangeables mais les fondamentaux, eux, restent les mêmes: des volontaires plutôt jeunes, aussi idéalistes que connectés, qui postent le moindre détail de leur “mission humanitaire” sous les applaudissements virtuels de leur communauté. Sauf qu’ainsi que le mentionne une internaute répondant au nom de Lola Vox en commentaire d’un post sur Facebook il s’agit plus ici de volontarisme que de véritable aide humanitaire. D’abord, parce que celle-ci correspond à des actes précis.



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Entre quête de sens et sensationnalisme


Définie par l’anthropologue française Sylvie Bodineau, entre autres, l’appellation “aide humanitaire” fait référence à des “opérations d’assistance matérielle et humaine pour venir en aide à des personnes subissant les contrecoups de catastrophes naturelles et de guerres”. Pas exactement la pratique du français ou de l’anglais langue étrangère avec une classe de bambins venus d’un pays du Sud, donc, aussi adorable soient-ils. On parlerait donc plutôt dans ce cas de “volontariat” ou de “séjour solidaire”, mais tiens, d’ailleurs, pourquoi ne le fait-on pas déjà? Et pourquoi votre pote-de pote-de pote qui a passé littéralement 4h dans un centre pour lépreux lors de son mois sac au dos en Inde en fait des caisses à chaque soirée sur son expérience “humanitaire”? Pour Lola, c’est bien simple, tout ne serait qu’apparences.

Séjour solidaire ou séjour de collaboration, c’est moins sensationnel et ça fait moins rêver que “mission humanitaire” mais c’est important d’utiliser les bons mots. D’une part pour valoriser le travail de ceux qui font vraiment de l’humanitaire, et d’autre part, pour que les gens arrêtent de se faire avoir par des organismes qui veulent s’en mettre plein les poches en profitant de jeunes qui ont la bonne intention de vouloir aider leur prochain”.


Car le volontourisme est un business (très) lucratif.



 

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Entre arnaques et prix prohibitifs, la pratique est d’ailleurs largement dénoncée par le secteur associatif, ainsi que le montre d’emblée une recherche du terme “volontourisme” dans votre moteur favori. “Attention au volontourisme!”, “NON au volontourisme, le commerce de la pauvreté”, “Le volontourisme: un business aux couleurs humanitaires”, “Le volontourisme ou la marchandisation du volontariat”... Les gros titres se suivent et dénoncent en lettres capitales la cupidité qui poussent les uns à pêcher en exploitant la fibre solidaire des autres. Dans un article dénonçant la pratique, le Service Volontaire International, ONG belgo-franco-vietnamienne qui envoie et accueille des volontaires dans le cadre de chantiers solidaires internationaux, ne mâche pas ses mots.

Les sociétés commerciales de volontourisme ne vendent rien d’autre que du voyeurisme. Elles transforment ainsi les pays pauvres en un immense parc d’attractions où illusions et bons sentiments riment avec profits. Le tourisme humanitaire n’est qu’une nouvelle forme de racisme où les volontouristes revêtent le costume du «sauveur occidental» pour aller sauver “les pauvres petits africains” qu’on peut aider même sans qualification”.


En témoignent les photos postées fièrement par Machin.e sur Instagram, Machin.e étant donc en possession d’un bachelier en communication en Haute Ecole, ce qui ne l’a pas freiné.e quand une “mission humanitaire” de soignants a recherché des volontaires pour un voyage en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, Machin.e a bien fait de ne pas laisser son absence de qualifications l’empêcher de postuler puisque sa candidature a été acceptée, en témoignent les clichés débordant de likes de son “voyage humanitaire” en Afrique.



 

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Des préjugés dangereux


“Ces agences de voyage organisent dès lors leurs projets, non pas en fonction des besoins des populations locales, mais bien de l’offre et de la demande qu’elles reçoivent, tout en répondant aux fantasmes des volontouristes” dénonce encore le Service Volontaire International, rappelant que certains de ces touristes sont prêts à payer “de 700 à 2000€, transport non-compris, pour 2 semaines de volontariat dans un pays en voie de développement alors que l’association d’accueil n’en percevra qu’une infime partie”. Et le prix est également cher payé par les localités ciblées par ces touristes d’un nouveau genre.

Les projets créés pour l’occasion renforcent les préjugés des volontaires et transforment la pauvreté en attraction touristique. Il est, par exemple, possible pour des jeunes, non-diplômés, et non-spécialisés, de partir jouer au médecin, au professeur ou à l’avocat dans des pays qui leurs sont totalement inconnus”.


Sans compter qu’ils ôtent parfois le pain de la bouche de ces mêmes populations que les volontouristes viennent “aider”. “Quand on fait un voyage solidaire pour donner des cours d’anglais à des enfants en pleine brousse, c’est tout bénéf’ pour l’association qui n’a pas besoin de payer des profs sur place puisque non seulement des voyageurs sont prêts à le faire gratuitement mais en plus ils paient pour venir le faire” expose encore Lola sur Facebook.



 

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Un réseau qui contribue à l’avènement de ces vacances qui n’ont d’humanitaire que le nom, ainsi que le souligne l’association France Volontaires: “depuis les années 2000, un fort engouement pour ces missions à l’international a été observé, exacerbé par l’avènement des réseaux sociaux et les tendances narcissiques qui peuvent en découler”. D’accord. Mais au fond, quel mal y-a-t’il à ne pas “bronzer inutile”? “C’est une corruption, une perversion du volontariat. Ce qui est central dans le volontariat, c’est d’une part la gratuité et d’autre part le désir de construire une société plus juste, plus solidaire, plus équitable (...) Les agences de volontourisme donnent une valeur marchande aux idéaux et désirs des jeunes occidentaux en quête de sens” dénonce l’organisation SCI-Projets Internationaux, tandis que France Volontaires rappelle pour sa part que ces “vacances qui ont du sens” ne sont pas sans conséquences:

Sans compétences pertinentes lorsqu’elles sont nécessaires, les actions de ces volontaires ont donc un impact très limité, voire inexistant, et dans le pire des cas s’accompagnent de conséquences néfastes pour les communautés locales”.


Mais comment s’assurer ne pas tomber dans le piège si on a vraiment envie de faire le bien durant son temps libre, de préférence à l’étranger tant qu’à faire? “La recherche d’une mission de volontariat de qualité, répondant à une logique de partenariat équilibré entre les structures d’envoi et d’accueil passe par un questionnement de la démarche et une réflexion sur votre propre projet” rappelle encore France Volontaires, qui rassemble une série de questions à se poser avant tout départ. Des questions parmi lesquelles on retrouve “La mission se substitue-t-elle à un emploi local ?”, “Quels sont les impacts de la mission sur les communautés locales?”, “Comment sont utilisées les contributions financières?” et la première question à se poser, peut-être: “Pourquoi à l’étranger”? C’est vrai ça, pourquoi?



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