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© Aleksei Morozov via Getty Images

Les blessures de l’âme, ces masques qui empêchent d’être soi-même

Manon de Meersman


Peut-être en avez-vous déjà entendu parler, peut-être pas. Pourtant, tout un chacun en souffre. Les blessures de l’âme, ce sont ces blessures profondément ancrées en nous, des marques de nos expériences passées, qui prennent la forme de masques qui conditionnent notre existence, de notre rapport aux autres à nos émotions, en passant par notre manière de penser.


Les blessures de l’âme ont été identifiées pour la première fois par le psychiatre américain John Pierrakos qui les classa en 5 catégories et établit ensuite des liens entre ces blessures intérieures et l’aspect physique de la personne. Il y a quelques années, c’est au tour de Lise Bourbeau de s’y intéresser de plus près. Auteure du bouquin « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même », elle explique qu’il existe 5 grandes blessures auxquelles nous faisons face chaque jour. Elle nous initie au concept de « masque », en expliquant que lorsqu’une de ces blessures est activée, nous nous mettons à adopter un comportement ne correspondant pas à la personne que nous sommes: on réagit d’une manière différente qu’en situation normale et on emprunte un masque. Lise Bourbeau, au même titre que John Pierrakos, nous explique que ces masques sont visibles au niveau de la morphologie de la personne. C’est bien connu: lorsque nous ne savons plus mettre de mots sur nos maux, c’est le corps qui s’en charge. De cette manière, nous enfuyons tous au fond de nous ces blessures, en les masquant. « Le corps aura donc une morphologie globale associée à la blessure principale, tout en laissant entrevoir dans une moindre mesure les autres blessures dans des parties plus localisées du corps », explique Lelia Louis-Edouard, ingénieure, dans un article Medium.

Chacun côtoie ces blessures


Ces blessures sont au nombre de cinq et parmi elles se trouvent le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice, soit des blessures fondamentales à l’origine de nos maux, qu’ils soient physiques, émotionnels ou mentaux. Ces blessures ne sont pas acceptées: c’est en cela qu’elles nous confèrent un masque, de manière inconsciente. Chacun d’entre nous souffre d’une blessure principale et pour ne pas en souffrir, la personne revêt ce fameux masque, collant à notre morphologie globale. Les autres blessures sont alors moindres, mais pas pour autant inexistantes, et apparaissent alors dans des parties plus localisées de notre corps. Prendre conscience de ses blessures, identifier sa blessure principale, c’est entamer un travail de guérison mêlant apaisement de l’esprit et libération du corps. Chacune de ces blessures possède une origine et traduit des caractéristiques, tant physiques que morales, propres à celui qui en souffre.

La blessure du rejet: le masque du fuyant


Cette blessure renvoie à l’enfant qui n’a pas été désiré et qui a été rejeté par un parent. L’enfant ne sent ni accepté, ni accueilli par le parent du même sexe que le sien. La personne qui souffre de cette blessure présente une morphologie fuyante, soit un corps ou une partie du corps semblant vouloir passer inaperçue, comme si la personne avait peur qu’on la remarque et qu’on la rejette. La personne présente un corps mince et contracté, possède des problèmes de peau et est plus facilement sujette aux problèmes respiratoires ou cardiaques.

La personne qui emprunte le masque du fuyant n’ose pas donner son opinion et parle très peu. Elle doute très fort de son droit à l’existence et se demande si elle mérite vraiment l’amour. Chaque situation où elle pourrait se sentir rejetée, elle les évite. Elle fuit les biens matériels car ils lui donnent une attache et le fuyant ne veut pas s’attacher. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce dernier s’isole, recherchant la plupart du temps la solitude.

Pour se libérer de son masque, la personne qui souffre de la blessure du rejet doit parvenir, tout d’abord, à identifier celle-ci. Ensuite, elle doit affronter sa peur en parvenant à s’affirmer et à prendre sa place.

La blessure de l’abandon: le masque du dépendant


La blessure de l’abandon renvoie à une blessure vécue par l’enfant vis-à-vis du parent de sexe opposé. Ce dernier est davantage renfermé par rapport à l’autre parent et manque de communication. Conséquence: l’enfant ne reçoit pas l’attention dont il a besoin pour se développer. La personne qui souffre de cette blessure présente un corps avec un manque de tonus et un système musculaire sous développé; comme si le corps demandait à être soutenu pour rester droit. La personne présente des yeux tristes et est souvent sujette à des problèmes respiratoires, comme de l’asthme.

Le masque du dépendant revient à ceux qui dépendent des autres et qui cherchent constamment le soutien d’autrui. Il a besoin de se nourrir affectivement et cherche à attirer l’attention, quitte à dramatiser ».


Dans un groupe, ce sera d’ailleurs celle qui rapportera le plus souvent les choses à elle. La personne qui souffre de cette blessure vit énormément de hauts et de bas et redoute plus que tout la solitude.

Apprendre à dompter la solitude serait une voie pour guérir de cette blessure, après en avoir pris conscience. Se détacher de l’attention des autres représente également une issue, au même titre qu’apprendre à se soutenir par soi-même.

La blessure de l’humiliation: le masque du masochiste


Cette blessure naît chez l’enfant qui sent qu’un parent a honte de lui, généralement la mère. L’enfant se sent critiqué, rabaissé et sans cesse mis en comparaison. Il se sent humilié. La personne qui souffre de la blessure de l’humiliation possède souvent un corps duquel il a honte, un corps qui prend de l’espace. Son physique lui apporte des maux de dos qui s’accompagnent de problèmes respiratoires et cardiaques. Son rapport à l’alimentation est compliqué.

Le masochiste s’épanouit dans la douleur, cherchant à s’humilier constamment. La souffrance est son loisir: il y trouve de la satisfaction. À côté de ça, il aime prendre soin des autres, mais cela cache un besoin de s’imposer des contraintes et des obligations. Il a tendance à se mettre en avant en montrant qu’il est alors indispensable aux autres. Dans ses relations, le masochiste aime le sexe, à foison. Jusqu’à en avoir honte et ne pas oser l’avouer au partenaire. Il entrave sa propre liberté et a du mal à exprimer ses besoins.

Pour sortir de cette blessure, identifier ses besoins s’avère être un premier pas vers la guérison. Reconnaître sa propre honte en est également un, ainsi que se soulager du poids qui pèse en permanence sur ses épaules.

La blessure de la trahison: le masque du contrôlant


Cette blessure est intimement liée à la précédente. L’enfant s’est senti trahi ou manipulé. Le parent de sexe opposé dévalorise ou maltraite le parent du même sexe et l’enfant ne reçoit pas l’attention attendue de la part de ce premier. Physiquement, cette blessure se traduit par un corps présentant des épaules larges et une poitrine bombée chez l’homme et des hanches larges chez la femme. Dans son regard, le contrôlant renvoie de l’intensité et de la séduction. Il souffre plus facilement d’inflammations et de problèmes d’articulation.

Le contrôlant est une personne qui aime l’attention, mais qui également intransigeant avec elle-même. La lâcheté des autres la répugne et elle accorde une importance sans pareille à la confiance. »


Vous ne tenez pas votre promesse? Le contrôlant se sentira trahi. Comme son nom l’indique, il aime avoir le contrôle sur les choses et est assez impatient. Il est assez pudique au niveau de ses ressentis et aura tendance à ne pas se confier. La colère fait partie de ses gros défauts.

Pour se sortir de cette blessure, au-delà d’en prendre conscience, le contrôlant doit parvenir à se détacher de sa colère lorsque les choses ne prennent pas la tournure qu’il souhaitait. Aussi, parvenir à lâcher-prise serait une issue non-négligeable pour sortir de cette blessure.

La blessure de l’injustice: le masque du rigide


Cette blessure de l’injustice est intimement liée à la blessure du rejet car touchant à l’avoir et au faire. Elle naît lorsque l’enfant se retrouve dans un environnement parental froid et autoritaire. S’exprimer est compliqué et l’enfant trouve injuste cette interdiction de s’affirmer. Cette blessure se traduit surtout vis à vis du parent du même sexe. Morphologiquement parlant, le corps du rigide est droit et équilibré, avec une largueur d’épaules équivalente aux hanches. Son regard brille et sa mâchoire est serrée. Son corps manque de souplesse et est constamment tendu. Le rigide est sujet plus facilement au burn-out ou au surmenage, ainsi qu’aux insomnies.

Le rigide est perfectionniste, envieux. Sa blessure le pousse à se mettre en-dehors de ses ressentis, en les niant et en troquant ceux-ci pour avoir l’air parfait. C’est pour cette raison qu’il se justifie énormément, quitte à se mentir à lui-même pour cacher ses problèmes. De par son perfectionnisme, il attend beaucoup de sa propre personne. Tantôt froid, tantôt exigeant, il ne dévoile que peu son affection et manque de justesse dans ses dires.

Pour se libérer de sa blessure, celui qui porte le masque du rigide doit accepter cette dernière, mais pas que. Il doit pouvoir se libérer de ses émotions, s’ouvrir, se donner le droit de trébucher sans que cela ne l’affecte jusqu’à l’os.



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Relativiser, encore et toujours


Prendre conscience de ses blessures est le premier pas vers une vie moins empreinte de souffrance. Observer ses blessures, les comprendre et ne pas se brusquer constituent des clés indispensables pour vivre davantage en harmonie avec soi-même. Délaissant jugement et accusation, vous parviendrez à identifier ces masques chez les autres, au fur et à mesure que vous découvrirez les vôtres.

Bien sûr, ce n’est pas parce que tout un chacun peut se retrouver dans ces blessures que cela doit noircir les moments de bonheur vécus lors de l’enfance. Les parents sont présentés, pour chaque blessure, comme le déclenchement de ces blessures, mais cela ne fait pas pour autant de ces êtres des personnes mauvaises, que du contraire. La perfection n’existe pas et l’imperfection embrasse chaque être humain: il est imparfait par nature. Ces blessures ne sont pas à prendre au pied de la lettre: elles sont simplement des indicateurs pouvant nous accompagner pour comprendre davantage où se situent nos failles et nos mécanismes. Elles permettent de comprendre certains comportements, de lever le voile sur des concepts qui nous brouillent la vue et nous empêchent de profiter pleinement de ce que nous possédons. Prendre conscience d’une ou plusieurs blessures est un chemin long et semé d’embûches et il faut être clément avec soi dans tous les cas. Comme disait l’écrivain Édouard Bricon:

Il faut plus de temps pour cicatriser les blessures de l’âme que pour guérir les plaies du corps ».

 

Crédits photo: Aleksei Morozov sur Getty Images


 



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