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Le syndrome de la princesse - Getty Images

Le syndrome de la princesse ou pourquoi les femmes n’osent pas aller aux toilettes

Kathleen Wuyard

Si la plupart des hommes n’ont pas ce problème, pour la majorité des femmes, aller aux toilettes en dehors de chez elles est un vrai problème. La faute au syndrome de la princesse et à une conception datée de la féminité.

Car s’il est fort probable que peu voire aucun des hommes de votre entourage ne se posent la moindre question au moment d’aller se soulager (oui, même s’il s’agit de faire un numéro deux et qu’ils sont au boulot/au resto/chez des potes...), posez la question aux femmes qui vous entourent et vous risquez bien d’entendre une cacophonie de « ohlala mais impossible d’aller aux toilettes si je ne suis pas chez moi », surtout s’il s’agit d’y vider autre chose qu’une vessie trop pleine.

Pourquoi? Mais parce que les femmes sont des princesses enfin, et que les princesses, ça ne va pas aux toilettes et ça ne fait surtout, mais alors là surtout pas caca, tout le monde sait ça! Mais pourquoi tout le monde le sait, au fond? Et est-ce qu’il ne serait pas temps de changer les mentalités?

Un danger pour la santé

Selon une étude publiée l’année dernière par l’IFOP, chez nos voisins français, 61% des femmes ne se sentiraient pas à l’aise avec l’idée d’aller à la selle ailleurs que chez elles, contre 47% chez les hommes seulement. Une proportion probablement similaire chez nous aussi, le syndrome de la princesse, ou « poop-shaming« , ne connaissant pas de frontières.

Un phénomène que dénonce l’auteure américaine Bonnie Miller dans son livre « Women don’t poop & other lies: toilet trivia, gender roles and the sexist history of pooping« , soit, en français dans le texte, « Les femmes ne font pas caca & autres mensonges: toilettes, genre et histoire sexiste de la défécation ». « Si vous êtes comme la majorité des femmes (71%), vous êtes dans une quête permanente de solutions pour cacher le fait que vous vous adonnez à cette activité parfaitement humaine et normale à laquelle tous les humains -hommes, femmes, trans, non-binaires, peu importe le pronom que vous choisissez- s’adonnent depuis la nuit des temps. Parce que vous êtes une femme et que les femmes ne font pas caca. D’ailleurs, elles ne s’adonnent à aucune activité corporelle considérée comme dégoûtante » raille-t-elle. Et ce, alors même que

Le syndrome de la princesse affecte les femmes de manière disproportionnée, et a un impact dangereux sur notre santé mentale et gastro-intestinale » – Bonnie Miller.

Un parti pris dramatique? Pas tant que ça: qui ne connait aucune femme qui s’est déjà retenue de manière douloureuse, parce qu’elle était au boulot et que ce n’était « pas possible », par exemple, ou parce qu’elle était en public et que « ça ne se fait pas », ou pire encore, qui a passé les trois jours d’un city-trip en amoureux aux débuts d’une relation à s’empêcher de faire la grosse commission « pour ne pas casser le romantisme »? Peut-être même que la femme en question, c’est vous qui nous lisez. Ce qui vous rend d’autant mieux placée pour savoir que ces préoccupations, selon toute vraisemblance, ne s’appliquent ni à vos collègues masculins (mention pour Fabrice, de la compta’, qui va carrément aux toilettes avec son journal ostensiblement sous le bras) ni à votre tendre moitié, qui ne va pas laisser un détail tel que la passion des débuts l’empêcher de parfumer la salle de bains de votre chambre d’hôtel parfum « couche sale en feu ».

C’est que le syndrome de la princesse est fondamentalement sexiste ainsi que l’a rappelé François Kraus, directeur du pôle Genre, Sexualité et Santé Sexuelle, suite à la publication de l’enquête de l’IFOP susmentionnée.

La honte du caca apparaît comme un marqueur de distinction entre les sexes. Une femme qui va à la selle inspire le dégoût, alors que c’est toléré culturellement pour l’homme. C’est le syndrome de la princesse qui ne fait pipi que des paillettes » – François Kraus.

Hihihi, des paillettes dans notre vie. Enfin, on rirait si c’était drôle, mais la vérité est qu’outre l’inconfort que ça provoque, se retenir d’aller à selle favorise, entre autres, l’apparition de crampes et de ballonnements mais aussi de troubles de la digestion. Et il ne s’agit là que de quelques-uns des effets délétères auxquels vous vous exposez, mettent en garde les experts de Destination Santé.

Concernant la défécation, si vous attendez trop longtemps avant d’aller aux toilettes, vous risquez de dérégler votre rythme digestif. Ce phénomène durcira progressivement vos selles et rendra votre côlon douloureux. Le risque de constipation chronique survient aussi, en association avec un gonflement de l’abdomen et des nausées » – Destination Santé.

Tout ça pour faire la princesse alors que tout le monde sait bien que vous n’avez (vraisemblablement) pas de sang royal: avouez, c’est un peu ridicule. Et franchement dommage.

En finir avec le syndrome de la princesse

La solution pour arrêter de vous tordre le ventre? Se fier au bon sens, ou à défaut, si le poids des conventions sociales pèse trop sur vos visites aux toilettes, au sage rappel de Bonnie Miller.

Que ce soit clair: tout le monde fait caca. Tout le monde, partout, depuis toujours. Si vous avez un corps, quelle que soit sa taille ou sa couleur ou bien les organes génitaux dont il est pourvu, vous faites caca. Il n’existe pas d’humains qui y échappent: derrière une porte de toilettes, on est tous égaux, ou du moins, on devrait l’être » – Bonnie Miller.

De quoi, on l’espère, permettre de vous dénouer quelque peu les intestins.

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