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Pourquoi Theo Francken nous fait peur

BUDAPEST, HUNGARY - SEPTEMBER 5, 2015 : Refugees at the Keleti Railway Station on 5 September 2015 in Budapest, Hungary. Refugees are arriving constantly to Hungary on the way to Germany.; Shutterstock ID 314926160

A force de multiplier les frasques et les déclarations choc, Theo Francken en viendrait presque à nous laisser indifférentes, et déjà ça, c’est grave. Mais là, en affirmant vouloir contourner la Convention des Droits de l’Homme, il repousse les bornes et nous fait franchement froid dans le dos.

Pour rappel, la Convention européenne des Droits de l’Homme est un traité international entré en vigueur en 1953 avec pour but de protéger les droits de l’Homme et les libertés fondamentales en permettant un contrôle judiciaire du respect des droits individuels. Autrement dit: les signataires de cette convention ont des obligations envers les citoyens. Parmi les articles de la Convention, l’interdiction de la discrimination, le droit à la liberté d’expression ou encore la liberté de pensée. Sans oublier l’Article 3, qui prévoit l’interdiction de la torture et des traitements inhumains.

Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants.

Une protection tellement importante qu’il s’agit d’une des seules dispositions de la Convention qui ne soit pas assortie d’exceptions. Pas encore, du moins, n’en déplaise à Theo Francken, qui a déclaré vouloir trouver une manière de la contourner lors d’un rassemblement des ministres européens de l’Intérieur.

L’Italie est obligée de sauver les migrants en mer, et elle doit les accueillir, sans pouvoir les renvoyer en Libye ou ailleurs. Mais tant que ce ne sera pas possible, nous aurons le chaos. Nous devons pouvoir renvoyer les bateaux .

Sauf qu’il n’est évidemment pas question, au vu du devoir de protection et de l’interdiction de faire subir des traitements inhumains ou dégradants, de renvoyer vers des pays en guerre des réfugiés dont la sécurité et souvent la santé sont menacées. La solution selon Theo Francken?

Nous devons trouver une manière de contourner l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’homme.

Parce que selon lui, l’afflux migratoire conduit à une crise de confiance dans l’Union européenne, et d’ailleurs, si cela continue comme ça, et que « la porte de devant et de derrière » ne sont pas fermées, on se dirige vers la fin de l’Union européenne et de la zone Schengen. Un argument de plus dans la réthorique de la peur développée par le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, qui a notamment affirmé que MSF était une organisation de « trafiquants d’être humains » et qui a parlé de « nettoyer » lors d’une opération de police où plusieurs migrants sans-papiers ont été arrêtés. Une tactique payante en politique: tous les baromètres l’affirment, la popularité de Theo Francken ne faiblit pas, ni au Nord ni au Sud du pays, où l’on ne peut pourtant pas voter pour lui. Parce qu’attiser la peur fait flamber le feu du populisme, et qu’en jouant sur la crainte de l’autre, on s’attire plus facilement des votes. Une tactique payante, mais glaçante aussi, car ce n’est pas la première fois qu’elle est appliquée.

Nous, les derniers survivants, nous avons le droit et même le devoir de vous mettre en garde et de vous demander que le « jamais ça » de nos camarades devienne réalité.

Plus jamais l’exode forcé, plus jamais les traitements inhumains autorisés par la loi, plus jamais la classification de la valeur des êtres selon leur pays d’origine ou leur religion. Cette demande, Simon Veil l’a formulée en 2005, à l’occasion des 60 ans de la libération d’Auschwitz Birkenau. Facile, la comparaison entre le régime nazi et Theo Francken? Peut-être. A l’heure actuelle, elle reste même exagérée, si l’on veut être parfaitement honnêtes. Sauf qu’il est important de rappeler aussi, que l’Allemagne ne s’est pas réveillée un beau matin avec à sa tête, un petit moustachu haineux et partout dans les villes, des croix gammées flottant fièrement au vent. Le régime a été élu démocratiquement, et Adolf Hitler est monté au pouvoir en tant que chancelier le 3à janvier 1933, soit près de 6 ans avant le début de la seconde guerre mondiale. Six ans pendant lesquels, à coup de nouvelles lois, de contournement des règles en présence et de lent glissement, le régime a basculé dans l’horreur de l’Holocauste et de la persécution systématique de l’autre, qu’il soit homosexuel, juif ou simplement de la « mauvaise » couleur politique.

Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher, Et il ne restait plus personne pour dire grand chose.

Cette citation du pasteur allemand Martin Niemöller a dénoncé la lâcheté des intellectuels allemands au moment de l’ascension des nazis au pouvoir. Aujourd’hui, elle semble plus d’actualité que jamais. Parce que si certains discours parviendraient presque à nous convaincre qu’il y a un « eux » et un « nous » distinct, les réfugiés et les migrants sont comme nous, des êtres humains. Et pour info, à ceux qui ne verraient pas de problème à ce que l’article 3 de la Convention des droits de l’Homme soit contourné pour « fermer les portes » et refouler les immigrés, si la permission est donnée de ne plus interdire la torture et les traitements inhumains en Belgique, cela ne s’applique pas qu’aux « autres » mais bien à tous les citoyens. Autrement dit, à vous aussi. Et si vous ne dites rien maintenant, qui sera là pour parler quand ce sera vous qui serez concerné?

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