Home Lifestyle Faut qu'on parle FAUT QU’ON PARLE: quand la censure Facebook discrimine et devient du fat-shaming

FAUT QU’ON PARLE: quand la censure Facebook discrimine et devient du fat-shaming

Ce week-end, les Diables ont enchaîné les goals face à la Tunisie, et pour capturer la liesse des supporters, la photographe Lara Herbinia est partie en reportage avec son appareil. Parmi les clichés, celui d’une supportrice assise dans l’herbe et donnant à voir un « sourire de plombier ». Une photo qui a valu à Lara d’être accusée de fat-shaming et bannie de Facebook.

Car il faut bien reconnaître que dans ma relativement courte vie, j’ai déjà vu un nombre ahurissant de fois les parties intimes des corps d’un nombre incalculable de filles. Et pourtant, je suis on ne peut plus hétérosexuelle, et depuis le traumatisme des cours de piscine forcés (et de la frange ruinée) en humanités, je me maintiens à bonne distance des vestiaires de sport. Par contre, je suis une utilisatrice enthousiaste des réseaux sociaux, endroits où je suis bien malgré moi exposée à pas mal de nudité.

De la part des Kendall, Bella et Emily Ratajkowski de ce monde, bien sûr, mais aussi de pas mal de wannabes qui exhibent leurs clavicules, leurs ventres concaves et la naissance de leurs fesses comme s’il suffisait de montrer sa chair pour devenir célèbre (ce qui semble être plus vrai que jamais, mais là n’est pas le sujet). Leurs followers se comptent en centaines, et non en centaines de milliers, tout comme les euros sur leur compte, mais ce qui les rapproche de leurs idoles, c’est une appartenance à une certaine idée de la beauté, forcément liée à la jeunesse et à une masse corporelle n’autorisant aucun bourrelet. Sauf en cas d’exhibition de tétons que l’on ne saurait voir, ni Facebook ni Instagram ne censure les clichés du pli de leurs fesses ou l’underboob bronzé qu’elles exhibent devant un paysage idyllique accompagné du hashtag #takemeback. Mais quand le corps en question sort à la fois du moule de la beauté et de son pantalon, le couperet tombé, comme la photographe Lara Herbinia vient d’en faire les frais.

Une photographe au travail aussi pétillant et espiègle qu’elle ne l’est dans la vie, en témoigne sa série de portraits pris en plein cri. Curieuse mais jamais voyeuse, elle immortalise ses pairs avec une bienveillance qui donne à ses clichés un cachet touchant. Comme c’est le cas pour celui de cette supportrice prise en flagrant délit de lâcher prise, parce que les Diables enchaînaient les goals cet après-midi là et qu’on pouvait regarder le match l’esprit reposé, avachi au soleil sans craindre de voir l’équipe nationale éliminée. Le hors-jeu, c’est Lara Herbinia qui se l’est pris, et il y a de quoi voir rouge.

Je ne suis pas trop fan de foot, mais j’adore immortaliser les supporters, parce qu’il y a toujours une ambiance positive, très bon enfant.

N’en déplaise à certains, qui ont vu dans un des portraits de Lara une tentative d’humiliation et de fat-shaming. Le portrait en question, le voici.

Un sacré sourire de plombier, certes. Probablement que si la personne immortalisée avait été un homme, la photo aurait prêté à rire. Si elle avait été une femme correspondant aux canons de minceur et de beauté, les commentaires n’auraient pas manqué de souligner qu’elle était « bonne ». Ici, c’est à une déferlante de haine que Lara a fait face. Tantôt accusée de vouloir se moquer du poids de la supportrice, on lui a aussi reproché de faire passer le message que « le foot, c’est un sport de prolos ». Tandis que les commentaires s’enchaînent sous sa photo, certains vont plus loin et la dénoncent, et le cliché est retiré. Quand Lara le reposte avec quelques mots d’explication, le couperet tombe, profil bloqué.

C’est dommage, parce qu’il y avait un débat très intéressant, mais tout a été enlevé par Facebook. Beaucoup de gens se sont vus à la place de cette femme, et ils ne l’ont pas supporté. Je n’ai fait aucun body-shaming, il se trouve dans le regard de ceux qui ont jugé la photo, qui pour moi était belle.

Parce que oui, il y a autant de formes de beauté qu’il y a de physiques. Et le problème de cette levée de boucliers, c’est qu’elle a un goût amer de discrimination. Tandis que des clichés volés de pseudo-célébrités dont la fesse dépasse du micro-short déchiré vont non seulement rester sur les réseaux mais y devenir viraux, les rondeurs de cette fan des Diables sont jugées inaptes à y être montrées. Un parti pris empreint de grossophobie qui s’inscrit dans une tendance préoccupante de nos sociétés à vouloir faire croire qu’il n’y a qu’un type de beauté féminine, aussi jeune et mince que possible, et que le reste est indigne. De quoi donner sacrément envie de sortir la carte rouge. Parce qu’au final, quitte à être bombardés de nudité, ne vaut-il pas mieux voir des corps qui ressemblent aux nôtres plutôt qu’un idéal inatteignable?

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