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Cher Bart De Wever…

Cher Bart De Wever,

Notez d’emblée que si on commence cette missive par « cher », c’est parce que nous, nos parents nous ont bien élevées. Ils nous ont par exemple appris la politesse, entre autres qualités importantes qui vous manquent telles que le respect d’autrui. « Grâce » à vous, ce week-end a été mémorable pour deux raisons: non seulement le mercure a atteint joyeusement les 30 degrés, mais grâce à vous, ou plutôt à cause, donc, il y a eu un moment vraiment glaçant malgré la température élevée. Au réveil, plus précisément, et à la lecture de la presse du matin, et de votre déclaration au micro de la VRT.

Même si la mort d’un enfant peut être tragique, il faut oser pointer la responsabilité des parents. Evoquer ces personnes uniquement en tant que victimes ne me semble pas juste.

Pour rappel, l’enfant en question n’était pas une simple statistique tragique, juste un autre destin brisé de réfugié. Elle s’appelait Mawda, et contrairement au petit Alan Kurdi dont la mort et l’image du corps échoué sur la plage nous hantent encore, elle n’a pas péri en pleine mer en tentant de gagner l’Europe. Elle est morte ici, chez nous, en Belgique, aux alentours de Mons. Tuée d’une balle dans la tête, comme un malfrat. Sauf qu’elle, cher Bart De Wever, elle avait deux ans et elle s’appelait Mawda. Et son seul « crime », cette responsabilité que vous voulez imputer à ses parents en deuil, c’est de s’être trouvée illégalement sur le territoire. C’est interdit par la loi, c’est vrai. Mais à notre connaissance, en Belgique, la peine de mort est abolie depuis 1996. De ce qu’on sait, aussi, elle n’a jamais été appliquée « mafia style » d’une balle dans le crâne.

Une balle perdue, une vie brusquement arrêtée, et selon vous, donc, c’est aux parents qu’il faut en imputer la responsabilité. C’est vrai, après tout, qu’est-ce qu’ils avaient besoin d’être chez nous, hein? Pourquoi n’ont-ils pas simplement choisi de rester au Kurdistan? Si on devait deviner, on dirait que c’est probablement parce que la région n’a jamais vraiment connu la paix depuis 60 ans, et qu’au-delà des crises politiques qui secouent cette région d’Irak depuis les dernières élections, s’ajoutent de violentes manifestations contre le pouvoir en place. Probablement aussi que le fait que l’Irak ait ordonné la fermeture de toutes les frontières avec le Kurdistan et, jusqu’il y a peu, la fermeture des aéroports kurdes, a aussi joué dans leur décision. C’est bête, hein, mais nous, si on vivait dans un endroit pareil, en crise, sans perspectives professionnelles et avec la peur au ventre de devenir un dommage collatéral des soulèvements, probablement qu’on voudrait partir aussi. Vous aussi, non?

Forcément, pour vous, ça doit être compliqué à imaginer. Loin des bombes et des frontières fermées, vous avez grandi à Mortsel, petit village charmant de la plus riche province de Flandre, dont les fenêtres à croisillons et les façades à colombages semblent tout droit sorties d’une carte postale. Avec un papa cheminot et une mère commerçante, c’est vrai qu’on ne peut pas vraiment vous accuser d’être né avec une cuillère d’argent en bouche. Mais allez, cher Bart De Wever, vous reconnaîtrez que l’engagement farouche de votre père auprès de la Volksunie et le passé politique de votre grand-père, aussi sombre soit-il (comment ça, ce n’est pas gentil de rappeler qu’il était secrétaire d’un parti reconnu par l’occupant nazi?) ont forcément aidé à lancer votre carrière politique. C’est fou, hein, comme la famille dans laquelle on naît et l’endroit où on grandit déterminent notre avenir.

Vous, vous êtes nés dans une famille politisée de la banlieue d’Anvers, et voilà que des années plus tard, vous êtes Bourgmestre de la ville. Pas de chance pour les parents de Mawda, ils sont nés en Irak. Au Kurdistan, plus précisément, région condamnée dans un pays qui parvient difficilement à se relever de conflits incessants. Alors ils sont partis, et contrairement à ce que vous essayez d’insinuer en soulignant qu’ils tenaient à tout prix à gagner l’Angleterre, tentant de les présenter comme des touristes de la fuite, faire ce qu’ils ont fait demande énormément de courage. Le courage de quitter son pays, sa patrie, sa famille, ses amis. Tout laisser derrière soi sans savoir quand on reviendra, avec chevillés au corps, la peur mais aussi l’espoir fou qu’au-delà des frontières attend un monde meilleur.

Pour les parents de Mawda, l’arrivée en Europe s’est faite en Allemagne. Il y a des règles qui disent que c’est le pays où l’on est arrivé dans lequel on doit demander la nationalité. Ces règles, ce sont sûrement des bureaucrates très intelligents qui les ont imaginées. Sauf que quitte à avoir tout quitté, à avoir un diplôme qui ne sert plus à rien et un métier qu’on ne peut pas exercer, autant être dans un pays dont on parle la langue. Et l’allemand, cher Bart De Wever, vous reconnaîtrez que c’est vachement difficile à apprendre. Alors les parents de Mawda ont voulu gagner l’Angleterre, et ont échoué. Selon ce que vous racontez, c’est encore ce qu’ils essayaient de faire quand leur fille a été tuée. Elle s’appelait Mawda, elle avait deux ans, et elle était née en Allemagne. En Europe, donc, comme vos enfants.

Les vôtres s’appellent Liesbet, Simon, Hendrik et Katrien. Bien qu’on ne sache jamais de quoi l’avenir sera fait, il y a peu de chance que la Belgique bascule dans l’état précaire du Kurdistan et que vous ayez une décision à prendre. Mais si cela devait arriver, certainement que vos enfants, vous voudriez aussi les protéger, à tout prix. Vous imaginez, cher Bart De Wever, si ce faisant, le pire devait arriver et que quelqu’un prenne la parole durant votre deuil pour dire que leur mort est votre responsabilité?

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