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Ce qu’implique vraiment le départ de la N-VA du gouvernement

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Ils l’avaient dit, ils l’ont fait: Charles Michel s’est bien rendu à Marrakech pour confirmer l’adhésion de la Belgique au pacte migratoire, et en réaction, la N-VA a mis sa menace à exécution et quitté l’exécutif. Coup d’éclat ou coup de poker? À 6 mois des élections, le départ de la N-VA est riche en implications.

Petit rappel pour celles qui auraient loupé l’agitation des derniers jours: tout a commencé à cause du pacte migratoire des Nations Unies, que tant le MR, que le CD&V et l’Open Vld étaient déterminés à approuver. Destiné à renforcer la coopération internationale pour faciliter une « migration sûre, ordonnée et régulière »,  le Pacte recense des principes tels que la défense des droits de l’Homme, ainsi que des pistes pour aider les pays à faire face aux migrations. Le Pacte interdit également les détentions arbitraires, n’autorisant les arrestations de migrants qu’en dernier recours. Détail (extrêmement) important: le Pacte est non contraignant, et reconnaît la souveraineté des Etats. Ce qui n’a pas empêché les nationalistes de la N-VA de le prendre en ombrage, persuadés que des juges pourraient s’en servir à l’avenir pour critiquer la politique migratoire de la Belgique. Après deux semaines de négociations houleuses au sein de l’exécutif, Bart De Wever avait annoncé ce vendredi que la N-VA deviendrait «de facto» exclue du gouvernement si Charles Michel se rendait à Marrakech. Une sortie à laquelle le Premier ministre a réagi en prenant acte officiellement de ce départ, mettant de ce fait fin à une coalition vieille de 4.5 ans. Mais dans les faits, qu’est-ce qui va changer?

Pour le gouvernement

Afin de gouverner sans (trop de) heurts jusqu’aux prochaines élections, un jeu de chaises musicales s’est avéré nécessaire. Les ministres N-VA partis (ou plutôt « poussés hors du gouvernement » selon Theo Francken), il a fallu répartir leurs compétences au plus vite. Dont acte: le vice-premier ministre MR Didier Reynders devient ministre de la Défense en plus de ses responsabilités aux Affaires étrangères et aux Affaires européennes. Maggie De Block (Open Vld), déjà ministre de la Santé, est désormais aussi en charge de l’Asile et la Migration, et ne s’est pas privée de tacler son prédécesseur, Theo Francken, au passage, soulignant qu’elle aurait probablement moins de temps que lui pour tweeter. Le vice-premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) est désormais ministre des Finances et de la Coopération au développement, tandis que Pieter De Crem (CD&V) devient ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Philippe De Backer (Open Vld) devient ministre en charge des Postes et Telecom ainsi que de l’Agenda numérique, et le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) s’occupera de la Régie des Bâtiments. Qui dit nouveau casting, dit également priorités revues, le gouvernement s’étant fixé 3 axes d’action très clairs d’ici aux élections: le pouvoir d’achat et une politique socio-économique forte; la sécurité et la Justice; et la politique climatique, dont Charles Michel a affirmé vouloir faire une priorité.

Nous voulons signifier clairement que nous avons entendu le message de la population concernant le changement climatique. Nous devons examiner comment il est possible de mettre une stratégie ambitieuse en oeuvre.

Sauf que dans les faits, ça risque d’être compliqué: avec le départ de la N-VA, le gouvernement est désormais minoritaire, avec 52 sièges seulement sur 150. Autrement dit, le soutien de l’opposition sera nécessaire sur certains dossiers, mais il est loin d’être acquis, Jean-Marc Nollet (Ecolo) ayant déjà affirmé que « les écologistes ne seront pas la roue de secours d’une majorité en perdition ». Le chef de groupe PS, Ahmed Laaouej, a quant à lui lancé au gouvernement que son parti « ne serait pas otage de vos bisbrouilles ». Voilà qui promet.

Pour la N-VA

En refusant catégoriquement un Pacte pourtant non-contraignant et en claquant la porte du gouvernement au passage, la N-VA est restée égale à elle-même. Arrivée comme une tornade sur la scène politique il y a bientôt 20 ans, la formation nationaliste n’a de cesse d’être l’élément perturbateur, entre prises de position musclées et dérapages verbaux. Une stratégie qui s’est longtemps avérée payante, tant pour le parti (devenu le parti le mieux représenté à la Chambre en 2010) que pour ses membres, les opinions trumpesques du trublion Theo Francken étant devenues aussi populaires auprès des nationalistes flamands que des extrémistes wallons. Sauf que depuis un an, cette belle popularité semble s’éroder, et pour Pierre Vercauteren, professeur de science politique à l’UCLouvain, la N-VA a joué un jeu très dangereux avec le Pacte migratoire.

C’est comme si le parti jouait au Mikado. Lorsqu’il essaye de récupérer une partie de son électorat en direction du Vlaams Belang, il risque de s’aliéner une autre partie de l’électorat libéral qui ne partage pas du tout ce point de vue. C’est un exercice extrêmement difficile.

Un numéro d’équilibriste susceptible de faire vaciller la N-VA aux élections fédérales dans quelques mois? Pas sûr. Non seulement il est possible que le coup d’éclat de la N-VA attire une frange de l’électorat qui votait d’ordinaire plus à droite, mais qui pourrait être tentée de donner son vote à un parti qui a prouvé qu’il était prêt à taper du poing sur la table, mais en prime, la N-VA pourrait choisir de rester dans l’opposition malgré ces votes, et de renforcer ainsi son image première de parti contestataire.

Pour Charles Michel (et le MR)

Du côté du MR, on refuse catégoriquement de parler de « coalition Marrakech » pour décrire la situation actuelle, Didier Reynders ayant suscité colère et incompréhension à gauche de l’échiquier politique en n’excluant pas de s’allier à nouveau avec la N-VA au fédéral. Et en tirant un bilan plus que positif de la coopération avec les nationalistes flamands.

Je suis fier du résultat en matière de création d’emplois, de baisse d’impôts, même s’il y a encore des enjeux très forts pour les plus bas revenus. L’accord inter-professionnel devra notamment s’en occuper. Ou sur le climat, où nous ne sommes pas les seuls.

Charles Michel a affirmé regretter quant à lui « le volte-face de la N-VA », tandis que pour une partie de l’opinion publique, l’avocat Marc Uyttendaele en tête, le « fils de » a prouvé de quoi il était capable.

Sur une question de principe, sur une question de valeurs, il a refusé de s’engager plus avant dans le tourbillon populiste qui abime nombres de démocratie occidentales. Accusé de toute part d’être la marionnette de la N-VA, il a démontré que Pinocchio pouvait devenir un être vivant, libre, autonome, capable de résistance.

Lors de son discours à Marrakech, le Premier ministre MR a souligné l’importance de sa présence et de la signature du Pacte.

Je n’ai plus de majorité parlementaire dans mon pays mais je me présente debout droit et fier de mes convictions. Avec ce texte, nous sommes plus forts, nous sommes plus courageux, nous sommes responsables. Mon pays sera du bon côté de l’Histoire.

Un côté où Charles Michel pourrait se retrouver lui aussi, particulièrement lors des élections de mai prochain: en faisant preuve de fermeté, en défendant une position humaniste et en tenant tête à la N-VA, le Premier ministre s’est montré à la hauteur de sa position. De là à être récompensé dans les votes? Affaire à suivre…

Pour les citoyens

Blocage en vue, ou au contraire, dénouement facilité par la sortie des têtes de noeud? Selon Jean Faniel, politologue et directeur du CRISP, c’est plutôt la deuxième option qui pourrait l’emporter. En effet, si la N-VA a claqué la porte, elle n’a pas non plus jeté la clef, et elle serait prête à continuer à soutenir ses anciens partenaires de l’orange bleue sur les questions socio-économiques. Une situation qui pourrait mener à une période d’accalmie.

On peut penser que la N-VA ne fera pas faux bond au moment de voter les projets de nature socio-économique qui avaient été négociés avant la rupture. Et les 3 membres restant au gouvernement vont, de leur côté, veiller à éviter les dossiers qui fâchent les nationalistes pour s’assurer une majorité au parlement.

Tandis qu’outre-Quiévrain, nos confrères du Monde parlent d’une « crise majeure qui fragilise le gouvernement belge » et que Libération met en garde contre un affrontement « brutal », dans les faits, un gouvernement minoritaire (situation qui n’était plus arrivée en Belgique depuis la Seconde guerre mondiale) peut tenir longtemps au pouvoir, du moins, aussi longtemps qu’il parvient à mobiliser une majorité alternative à la Chambre pour les votes. En partant, la N-VA a peut-être offert au gouvernement fédéral ce qui lui manquait depuis le début de la suédoise: de l’unité. Mais l’harmonie sera plus fragile que jamais, chaque désaccord étant désormais susceptible de mener à une nouvelle crise politique. La perspective la plus inquiétante pour les citoyens belges? Les élections législatives du 26 mai prochain, la N-VA ayant envoyé un message très fort, dont les répercussions (en bien ou en mal) ne manqueront pas de se manifester dans l’isoloir. La bonne nouvelle, c’est que contrairement aux événements de ces derniers jours, on ne devra pas se contenter d’être des témoins impuissants: chaque voix, dont la nôtre comptera pour nous mener sur la bonne voie. Plus que jamais, il s’agira de la faire entendre intelligemment.

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