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““LE POINT G”” épisode 54: la chronique sexo de Gaëlle

La rédaction

Gaëlle, 27 ans, a passé huit ans de sa vie en couple. Mais après plusieurs déceptions, même si elle n’abandonne pas sa quête de l’amour avec un grand A, elle a décidé de se laisser vivre sans pour autant se priver des plaisirs de la chair. Elle compte bien découvrir les joies du sexe sans tabou et mener des expériences sans avoir froid aux yeux.


L’autre jour, j’ai eu un long débat avec Ben. Et malgré mon intention de trouver un terrain d’entente, nous n’y sommes jamais parvenus. J’avais lu un article du magazine Slate sur la charge sexuelle. Après la charge mentale, ce nouveau terme fait son apparition dans les médias pour décrire toutes les responsabilités auxquelles les femmes doivent faire face dans leur sexualité. Sexualité qui est partagée puisqu’elle ne se fait pas toute seule.

La charge sexuelle, c’est quoi? “C’est le fait de gérer la sexualité du couple seule ou quasi seule. Par exemple, les femmes gèrent souvent seules la contraception, elles s’inquiètent davantage des maladies sexuellement transmissibles et du plaisir de leur partenaire. Au détriment du leur, malheureusement.

Concrètement, cette charge sexuelle se manifeste lorsqu’une femme va faire passer le plaisir de l’homme avant le sien, lorsqu’elle va penser à se rendre désirable, à s’épiler, à se maquiller pour plaire à l’autre. Mais aussi en payant seule sa contraception, en pensant à prendre sa pilule sans rappel de son partenaire (“tu as pris ta pilule?”).

Concrètement, me concernant, je porte un stérilet que je paie seule.


Et justement, d’ici quelques semaines, je vais devoir en changer. Mais ces quelques lignes lues sur la charge sexuelle m’ont fait réfléchir. Ben ne met pas de préservatif, puisque nous avons tous les deux passé les tests et que nous sommes clean. J’assume seule la contraception de notre couple. J’ai donc émis l’idée qu’il participe symboliquement aux frais de ma prochaine pose de stérilet.

J’avais lancé ça un peu comme une blague. Genre “en fait, ce serait normal qu’on partage cette dépense, non?” Je n’ai pas du tout vu venir sa réponse. Il était très formel: “NON”.

Pour lui, la contraception est un choix individuel et il ne voyait pas pourquoi il devrait participer à cette dépense qui me concerne essentiellement.


QUOI? Comment ça, qui me concerne essentiellement? À ce que je sache, si je porte un stérilet, c’est pour ne pas avoir une grossesse non-désirée. Un bébé, donc, que nous pourrions avoir ensemble. Ce seul point justifie, selon moi, un partage des frais pour la seule raison d’égalité des sexes. Je ne vois pas pourquoi je devrais gérer à moi seule cette responsabilité. C’est une histoire de couple avant d’être une question individuelle. Que je me protège de maladies sexuellement transmissibles de ma propre volonté, ok. Même si en me protégeant, je protège aussi les autres. Mais quand on parle de faire un bébé ensemble, là c’est tout autre chose.

La réponse de Ben m’a sidérée. D’un seul coup, je ne faisais plus face à mon héros tant aimé mais bien à un gros macho au comportement impardonnable. Et comme d’habitude dans ces cas-là, je remets tout en question. Puis-je vraiment rester avec un homme qui ne considère pas une seule seconde les questions d’égalité des sexes ou les débats féministes? C’est difficile pour moi de concevoir que celui que je vois comme le futur père de mes enfants ne pourrait pas leur donner une éducation selon des principes que j’estime beaucoup. Ben s’est énervé plusieurs fois mais il a aussi tenté de faire la paix, comme si rien ne s’était passé. Mais c’est impossible pour moi de passer au-dessus et de zapper cette question existentielle.

J’ai tenté de le raisonner en lui disant que si on se protégeait avec des préservatifs, ce serait complètement normal qu’on mette cette dépense dans notre panier commun, quand on fait les courses. Lui n’en démordait pas. “Si tu fais le choix d’enlever ton stérilet, je paierai les capotes, c’est tout”. Son point de vue s’arrêtait à l’aspect financier, le mien à celui du principe. On n’a jamais trouvé de terrain d’entente. J’imagine qu’on ne peut pas s’accorder sur tout. Mais cette pilule-là est vraiment difficile à avaler.

Chaque semaine dans votre magazine, retrouvez la chronique de Gaëlle: Le Point G.

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