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Comment résister à ses addictions pendant le confinement

Comment résister à ses addictions pendant le confinement - Getty Images
Comment résister à ses addictions pendant le confinement - Getty Images

Enfermées à la maison avec les murs de leurs prisons mentales qui se referment autour d’elles, les personnes souffrant d’addictions sont particulièrement fragilisées en cette période. Ennui, angoisse, frustration: autant de déclencheurs dangereux qu’il faut naviguer en plus de l’épidémie de Coronavirus.

Pour autant, la rechute n’est pas inéluctable, au contraire, à condition de mettre les mécanismes nécessaires en place. À Liège, le centre de psychologie médicale Psy Pluriel adopte une approche transdisciplinaire et rassemble médecins, psychologues, psychiatres et coaches pour aider au mieux leurs patients. Ainsi que le regrette Bernard Dor, médecin traitant addictologue au sein du centre, avoir un agenda d’activités, notamment sociales, est plus difficilement applicable en ces temps de confinement. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’occuper pour autant, le Dr Dor recommandant notamment à ses patients de travailler leur créativité: lire, écrire, entreprendre des visites virtuelles de musée… Objectif: laisser le moins de place possible à l’ennui et à la confrontation à soi-même (et aux émotions négatives), qui stimulent le craving.

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Maintenir le lien social

De son côté, Jennifer Moers, psychologue chez Psy Pluriel, tient à rassurer les personnes qui seraient tentées de consommer sur l’origine de leurs pulsions: il n’y a pas de spirale d’auto-flagellation à avoir, mais bien une compréhension de la situation actuelle et des risques qu’elle entraîne. « La plupart du temps, la consommation d’une substance peut être une « stratégie » utilisée pour faire face à une situation anxiogène, or le contexte étant particulièrement angoissant pour certains, on peut s’attendre à voir une augmentation d’une consommation jusque là normale ou à un renforcement d’une addiction déjà présente ».

Parmi les facteurs augmentant la consommation, on trouve l’ennui et l’absence de lien social, deux facteurs d’actualité durant ce confinement. Il est donc important de structurer les journées selon un planning et de programmer des activités. Cela donnera un sens à cette période mais permettra aussi d’éviter les moments d’ennui. Le confinement n’est pas synonyme de vacances. Il est également important de préserver les liens sociaux et d’éviter le repli sur soi. Prenez des nouvelles de vos proches. Skype, sms, mémo vocaux, réseaux sociaux… Les moyens sont multiples, c’est l’occasion d’en profiter! »

Et Jennifer Moers de conseiller également de voir cette période comme « l’occasion pour chacun et chacune d’apprendre à se faire confiance et de développer des ressources personnelles intrinsèques (relaxation, méditation, pleine conscience par exemple) . Il y’a tout un tas de médias qui permettent de s’y initier: applications, vidéos, YouTube,… ». Autre conseil de la plus haute importance?

Il me semble aussi important de ne pas faire de réserve démesurée de la substance concernée. La crainte principale d’une personne dépendante est le manque, mais plus il y a de stock plus il y a de risques que la tentation soit forte et qu’on frôle l’excès »

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Rester informé… de manière raisonnée

Psychologue spécialiste des addictions, Anne-Françoise Dubois concède quant à elle qu’il s’agit d’une période « de grand stress, où les patients préfèrent dans un premier temps prendre du temps pour eux, et peut-être aussi choisir la facilité en mettant la thérapie « en pause », soit parce qu’ils se disent que cela peut attendre 2 ou 3 semaines, ou bien parce qu’ils sont trop mal à l’aise face à une caméra ou au téléphone, et que donc ils ne préfèrent pas ». Une approche à éviter afin de garder son ou ses addiction(s) sous contrôle.

La thérapie par téléphone ou vidéo-conférence permet de garder un lien et de ne pas risquer de tomber dans le «  foutu pour foutu, tant pis je me reprendrai après tout ça » ».

Autres conseils? « Il est important d’essayer de s’occuper comme on le peut. Que ce soit en faisant du jardinage, en regardant des séries qu’on a toujours voulu voir avant quand nous n’avions pas le temps, de garder un contact avec ses amis, sa famille, mais pas spécialement pour des apéros Skype… On peut choisir de privilégier les jeux, par exemple ». Important également: rester connecté à ses proches, mais le plus déconnecté possible du contexte anxiogène.

Il faut rester informé mais éviter de passer sa journée devant les journaux télévisés, par exemple, car cela peut vite devenir anxiogène. Il faut pouvoir faire la part des choses entre les infos intéressantes, voire importantes, et les autres… On le sait, c’est le manque de contrôle qui alimente le stress, et donc si nous récoltons des informations fiables, nous pouvons limiter les dégâts ».

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Boire et déboires

Gastroentérologue spécialiste en alcoologie et dans la consommation problématique d’alcool ou autres toxiques, le Dr Patricia Piront met pour sa part en garde contre les effets de cette période de confinement imposé sur la consommation d’alcool.

L’angoisse ou la colère, l’ennui, la perte de cadre social et professionnel, les huis clos familiaux auront forcément des répercussions sur la consommation d’alcool de chacun, tout au long du confinement mais probablement également lors de la libération tant attendue ».

Et de rappeler que le confinement est une situation à haut risque, tant pour les personnes déjà addictes à l’alcool que chez les autres: « dans le climat anxiogène actuel, et dans une population où l’alcool est depuis toujours culturellement encouragé, une consommation quotidienne et supérieure aux recommandations médicales risque d’être considérée comme normale ».

Un apéroskype ou autre WhatsApéro, une bouteille de vin au repas, une bière fraiche après le jardinage et/ou devant la TV et on court rapidement vers des risques d’addictions mais également d’accidents domestiques ».

« Les soignants et les politiques doivent rester très attentifs à cette problématique, qui peut encore aggraver la situation sanitaire actuelle » rappelle encore le Docteur Piront. De son côté, Anne-Françoise Dubois souligne qu’il existe, en marge des consultations à distance mises en place par les différents centres du pays, divers services de soutien disponibles gratuitement, tels que Télé Accueil (107), Infor Drogues (02 227 52 52), Ecoute Cannabis, (0 980 980 940), Alcooliques Anonymes (078/ 15 25 56), SOS Jeux (0800/35 777) ou encore Tabac Stop (0800/111 00). Et Anne-Françoise de rappeler que, maintenant plus que jamais, « il faut prendre soins de soi et être à l’écoute de ses besoins ».

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