Home Lifestyle Psycho Allô maman, bobo? Témoignages sans tabou sur le regret d’être mère

Allô maman, bobo? Témoignages sans tabou sur le regret d’être mère

Crying young woman suffers from postpartum depression. Sad new mother leaves her child with father as a symptom of baby blues. Psychological and medical vector illustration

Alors qu’une femme qui ne veut pas d’enfants est encore mal vue par la société, une maman qui ose avouer son regret d’être mère est carrément jugée, raison pour laquelle le sujet reste extrêmement tabou. Dans la foulée de la sortie du livre d’Orna Donath consacré au sujet, nous avons rencontré 7 mamans qui ont accepté de se livrer sur leurs doutes et leurs regrets, sans tabous ni jugement.

Orna Donath a pensé son livre, « Le regret d’être mère », comme un cri d’alarme. Parce que oui, certaines personnes regrettent d’être mère. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elles n’aiment pas leurs enfants: simplement, qu’elles ont « aussi besoin de s’exprimer par elles-mêmes, de s’épanouir, de réussir ». Or, c’est parfois plus simple à dire qu’à faire, et certaines femmes peuvent voir en leurs enfants des obstacles à leurs rêves.

Il n’est pas toujours facile de concilier le fait d’être mère et celui d’être une femme qui se réalise »

Et il est moins facile encore de mettre des mots sur cette frustration. Déjà, une femme qui ne veut pas d’enfants, c’est vu d’un mauvais oeil, alors une mère qui ose avouer regretter parfois sa maternité, on imagine sans peine l’opprobre dont elle serait victime. Et pourtant, il est particulièrement important de mettre des mots sur les maux, et de libérer les mamans du carcan imposé par la société.

Jamais en « je », toujours en « nous »

La petite quarantaine, Eva est maman de deux enfants, un né lorsqu’elle avait 27 ans et l’autre 7 ans plus tard. Des enfants d’amour, voulus avec son mari. Mais à la naissance du deuxième, tout a changé pour elle.

Je suis devenue aigrie et j’ai perdu ma joie de vivre. Je suis très différente à la maison et au travail ou bien quand je sors sans mes enfants. Je fais bonne figure devant les autres mais je ne suis pas heureuse, j’ai beau aimer mes enfants, je rêve souvent de vivre une autre vie sans contraintes où je pourrais faire ce dont j’ai envie »

C’est ainsi qu’Eva a adapté sa réduction de temps de travail non pas pour garder son cadet, en maternelle, mais bien pour rester chez elle. « C’est un choix, car je pourrais prendre une aide ménagère sans problème et utiliser plutôt mon temps pour garder mon enfant, mais l’envie n’y est pas ». Maman d’une petite fille de 6 ans, Marion, elle souligne que « la maternité est loin d’être le long fleuve tranquille auquel beaucoup voudraient nous le faire croire. Parfois, je me dis que beaucoup de choses seraient plus simples si je ne l’avais pas, et bien-sûr, je m’en veux, car elle n’a rien demandé ». Et si elle affirme ne pas avoir vécu de moment de regret précis, elle ne peut pas s’empêcher de regretter parfois la responsabilité inhérente à la maternité.

Il y a des moments où j’aimerais pouvoir penser en « je », mais je suis contrainte de penser constamment en « nous »

Maman solo depuis deux ans, elle réalise également l’impact de sa fille sur sa vie amoureuse. « J’ai du mal à envisager de me remettre en couple, en grande partie « à cause » de ma fille. Je ne me vois pas lui imposer le premier venu, et je ne vois pas comment caser du temps pour les débuts, les rencards, les restos, … Si c’est pour ne pas faire les choses bien, autant ne pas les faire du tout ». Et d’ajouter non sans amertume que même si elle ne se plaint pas de ce célibat « forcé » et qu’elle mène sa vie en duo avec sa fille avec beaucoup de complicité, « mes proches ont peur que je finisse toute seule, encore une pression sociale supplémentaire! ».

Oser en parler

Une pression qui peut parfois écraser les mamans qui ont envie de se confier sur leurs regrets mais ne savent pas vers qui se tourner. Eva parle de son mal être à son mari, « sous le coup de l’énervement, quand les choses se passent mal à la maison. Mais je pense qu’il ne réalise pas à quel point je me sens mal ».  Jeune maman d’un bébé de 9 mois, Lucie est plus optimiste et a l’impression que la société change et « qu’on peut exprimer ce qu’on ressent, à conditions que ça ne dure pas trop longtemps, qu’on abrège, et qu’on ne se le dise qu’entre mères…. L’omerta autour de la maternité est toujours présente ». Marion, elle, avoue ne pas avoir osé parler de son malaise au début, parce que « tout se passait bien et ma fille n’était vraiment pas difficile ».

C’est un sujet plutôt tabou, mais heureusement, j’ai des amies qui sont devenus mères après moi et qui assument davantage cela… Ou du moins, elles me connaissent, du coup, elles me confient leurs déboires de jeunes mamans, leurs rapports désormais quasi inexistants avec leurs compagnons, leurs rêves de juste pouvoir aller boire un verre sans avoir à se poser de questions. Quand elle se plaignent, je les encourage, car je sais à quel point ça m’a manqué de ne pas le faire, et à quel point ça peut soulager de ne pas se sentir juste « mauvaise » parce que ce petit qui hurle nous gonfle un peu, malgré tout l’amour qu’on lui porte! »

Aimer son enfant, certes, mais pas toujours apprécier sa compagnie, et encore moins ses besoins constants: c’est là une rengaine qui revient souvent chez les mamans qui avouent éprouver quelques regrets. Mais aussi chez celles, plus libres de l’exprimer, qui ont fait le choix conscient de n’avoir qu’un seul enfant et sont ravies comme ça.

Jamais de petit frère ou de petite soeur

C’est le cas de Daniela, 40 ans et maman solo d’une fillette de 10, qui raconte avoir ressenti un besoin viscéral d’être mère à l’approche de la trentaine. « C’est devenu comme une urgence vitale, une obsession permanente qui a mis mon cerveau en mode « radar » pour trouver le meilleur géniteur possible au monde. J’ai adoré la grossesse, ce moment où j’ai pris conscience que mon corps pouvait s’occuper de construite un être humain, indépendamment de moi. Mais ce fût aussi mon dernier moment de liberté ». La maternité?

Pour moi, c’est comme un boulet qu’on vous met à la cheville. Sans toute la connotation de prison violente évidemment! Plutôt comme une masse qui est accrochée à vous pour pouvoir avancer, qui vous rappelle constamment à la cheville que tout dans la vie est moins léger, moins rapide. On ne peut plus sauter et danser de la même manière »

« Et en même temps, cette prise de conscience me stabilise, me ralentit pour apprécier une autre forme de vie, et diffuse de la joie permanente dans mon corps » raconte encore Daniela. Qui sait toutefois avec certitude qu’elle n’aura jamais d’autre enfant. « Je n’en veux pas. Pour moi, la petite enfance a été un tsunami complet dans ma vie, donc je mesure la prise de risque ». Même son de cloche du côté de Fanny, maman d’un ado de 15 ans à qui elle n’a jamais envisagé de donner de petit frère ou de petite soeur. « Deux enfants ou plus cela aurait voulu dire faire des choix : diviser les budgets et puis gérer mon temps entre plusieurs enfants tout en ayant envie de reprendre ma carrière ensuite, cela aurait été compliqué ».

Et si c’était à refaire?

Si Lucie pouvait revenir en arrière, et parler à celle qu’elle était avant la naissance de sa vie, elle lui dirait de profiter encore un peu. « D’attendre. De se laisser du temps pour vivre, pour danser sans avoir mal au dos, de préserver son corps encore quelques années, de dormir, de rire, de chanter fort sous la douche…. ».

C’est bien plus difficile que ce qu’on dit, et que tous les jours, c’est la misère. Et que l’amour d’un enfant c’est incroyable, c’est vrai, mais ça n’efface pas tout »

Daniela, elle, ne regrette pas, mais n’est pas prête à tout sacrifier. « J’assume complètement au yeux de ma famille et de mes amis, de ne pas vivre QUE pour mon enfant. Même ma fille le sait et je pense qu’elle en est fière ». Eva, elle, aimerait pouvoir revenir en arrière pour s’intimer de bien réfléchir à sa décision. « Tu joueras un rôle dans lequel tu ne seras pas totalement heureuse même si tes enfants t’apporteront par moment de la joie et de l’amour ». Un rôle, et des regrets, forcément liés à la maternité? « Je ne connais aucun père qui regrette vraiment. Ils ne vivent pas tout ce qu’on vit, et eux sont plutôt heureux, ou prennent la fuite. Une mère ne peut pas… » théorise Lucie. Même si, selon elle, un papa qui avouerait regretter d’avoir eu des enfants serait aussi mal vu qu’une maman. « Le problème, ce n’est pas de ne pas aimer être parent, c’est de ne pas aimer un enfant. La société nous répète qu’il faut aimer les enfants en général, et forcément, encore plus les nôtres ».

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