Home Lifestyle Faut qu'on parle FAUT QU’ON PARLE: les clichés sur les profs, ça suffit!

FAUT QU’ON PARLE: les clichés sur les profs, ça suffit!

Les élèves font leur rentrée… Les profs aussi ! On en profite pour aller à leur rencontre et faire le point sur les clichés liés à leur profession.

« Les profs sont quand même toujours en vacances »

C’est vrai, ils ont ce privilège! Ils cumulent même, bout à bout, trois mois et demi de congé chaque année. Ce qui est, évidemment, bien plus que dans beaucoup d’autres secteurs. Claire, instit (27 ans): « Ce que les gens oublient, c’est que nos vacances d’été ne sont pas payées. Le salaire d’un enseignant est comptabilisé sur dix mois mais réparti sur douze. Et quand vous, vous pouvez décider de partir au soleil lorsque les plages sont désertes et les billets d’avion abordables, nous, on ne peut jamais l’envisager. Et nos parenthèses exotiques, on les paie au plein tarif en juillet et août ».

« Les profs ont choisi ce métier pour les congés »

Penser cela revient à oublier l’essentiel. Ce métier, ceux qui le choisissent le font avec leur cœur. Parce que, disent-ils, enseigner est quelque chose d’incroyable. De gratifiant. Et qu’il n’y a rien de plus gai que de lire dans les yeux d’un enfant ou d’un ado qu’il a compris, qu’il sait, qu’il a grandi. Apprendre aux autres, c’est juste passionnant. Et c’est une vocation. Yasmine, prof de sciences (43 ans): « Les étudiants qui se lancent dans cette aventure sans grande certitude ne tiendront de toute façon pas longtemps. Quant à ceux qui font ce choix pour les vacances uniquement, ils quitteront le navire très rapidement. Epuisés, voire dégoûtés, par les contraintes liées à la vie de prof. »

« Les profs ne sont sûrement pas très fatigués par leurs journées »

De l’extérieur, on se dit en effet que c’est tout ce qu’il y a de plus cool: les profs sont sur le terrain 20 à 24h par semaine seulement (selon qu’ils travaillent en maternelles, en primaires ou en humanités). Oui mais on ne pense pas au reste de leur charge de travail. Christine, prof de français (32 ans): « Ce sont là seulement les heures prestées auprès des élèves . Il faut y ajouter les heures de correction, les heures réservées aux préparations. Celles consacrées aux formalités à remplir, aux formations ou aux coordinations entre profs.  » Alors, bien sûr, il y a des semaines où ils travaillent moins que d’autres. Mais il y a toutes celles où ils carburent seuls, à l’ombre de leur table de travail. Et d’ajouter « Les corrections me prennent énormément de temps. Parce que, non, les profs ne jettent pas les cotes au hasard sur une feuille! Nous devons remplir des grilles d’évaluation qui exigent en réalité de relire chaque copie plusieurs fois. Je compte en général trente minutes par élève pour les dissertations. Et à force de lire des  ‘il ouvra la porte et ‘il metta sa chemis’, j’en ai parfois déjà mal au crâne à la deuxième copie. »

« Les profs ne savent pas ce que c’est, la pression et le stress au boulot »

Le stress n’est pas celui du secteur privé dans lequel on doit presque parfois « sauver sa peau » au quotidien, c’est certain. Mais gérer une classe de vingt à trente (petits ou grands) enfants, toute une journée, cinq jours sur sept n’est pas une sinécure. Léa, instit maternelle (24 ans): « Les petits, on les adore mais ils sont juste épuisants! Et ils font un tel bruit que nous risquons de devenir sourds avant nos 50 ans. » Il y a une vidéo qui circule sur Facebook pour le moment. On y voit des parents embrasser leur progéniture qui s’apprête à repartir à l’école. A peine les enfants ont-ils descendu trois marches du perron que les parents se mettent à danser de soulagement. Ouf. Partis! La vidéo est évidemment un peu exagérée mais reconnaissons que ça aide sacrément beaucoup de parents que les enseignants prennent en charge leurs enfants. Léa poursuit: « Il suffit de constater le nombre de parents qui laissent leur enfant à la garderie pour avoir un peu de temps pour eux, ou pour faire les courses après leur boulot. » Gérer une classe en permanence, c’est une sacrée performance. Les profs disent porter tellement de casquettes à la fois qu’ils ne savent plus où donner de la tête. Colette, prof de gym (51 ans) « Quand on est prof, on est aussi assistant social, infirmier, médiateur, gendarme, éducateur, psychologue. Les jeunes nous confient leurs difficultés familiales, nous demandent de l’aide parfois, du soutien souvent. » Et pas question de s’offrir une pause cigarettes ou une pause café quand on sent monter la pression. « On ne quitte jamais sa classe. C’est la règle numéro 1. »

« Les profs se la coulent douce une fois que leurs cours sont faits »

Les profs font partie de ces gens qui n’ont jamais le cerveau sur off. Maud, instit (38 ans): « Je suis toujours à l’affût. D’un livre qui paraît, d’un article sympa, d’une expo qui ouvre ses portes. J’essaie tant que possible de faire coller l’actualité à mes cours. C’est important ». Bien entendu, ils se créent au fur et à mesure de leur carrière une base de données dans laquelle ils iront repêcher des feuilles, mais les cours sont modifiés, enrichis au fur et à mesure. « Ce qui me plaît surtout, c’est de penser mes cours. D’imaginer un parcours. De créer quelque chose de nouveau. Quel intérêt et quelle joie aurai-je à répéter vingt ans d’affilée la même chose? » précise-t-elle. Et puis, il y a ces satanés programmes avec lesquels les profs ne sont pas toujours d’accord et qui changent pour ainsi dire dès qu’ils les maîtrisent. Ils leur faut alors repenser les choses, réadapter leur matière.

« Les profs sont quand même vraiment bien payés pour ce qu’ils font »

Les différences de salaire varient en fonction de tant de critères que certains s’en sortent beaucoup mieux que d’autres (selon l’ancienneté, le diplôme, les cours donnés. Un prof avec baccalauréat et zéro ancienneté touchera moins de 2300 euros bruts par mois. Avec un diplôme de master et plus de trente ans d’ancienneté, le salaire peut grimper jusqu’à 5000 euros bruts par mois). « Contrairement à ce qui se passe dans le privé, nous ne bénéficions d’aucun avantage pécuniaire. Ni de primes. Nous n’avons pas de treizième et quatorzième mois. Pas de chèques-repas. Pas de gsm, ni de voiture de société. Et nous payons de notre poche notre matériel. Cette année, je me suis acheté une tablette pour moderniser mon cours. » explique Kim, prof d’histoire (27 ans). Carine, instit (35 ans) ajoute encore que « Jamais une heure supp’ ne sera payée, ni récupérée. On donne de notre temps gratuitement! Entre les surveillances, les fancy-fair, les voyages scolaires où nous restons généralement une semaine complète avec les enfants sans que ça ne soit forcément une partie de plaisir, les soupers spaghetti et autres cabarets d’école, on ne compte pas nos heures! » Ils ne croulent pas non plus sous la reconnaissance des parents, qui trouvent tout ça normal et ne disent pas toujours merci.

« Les profs, ils se plaignent tout le temps »

Ils se plaignent, oui. Mais au fond, quel travailleur ne se plaint jamais de son boulot? Et ils ont même peut-être parfois raison de le faire car, à en juger ce qu’ils nous disent, ils sont trop souvent soupçonnés de ne pas être de ‘vrais travailleurs’. Alors que la réalité est telle que les statistiques montrent qu’un jeune qui commence à enseigner ne tiendra le coup que cinq ans en moyenne avant de changer d’orientation. Selon les établissements, les réalités diffèrent, bien sûr. Pour Cathy, prof de langues (49 ans), « Les profs sont souvent bien seuls face au mépris de certains parents qui n’hésitent parfois pas à nous dénigrer devant leur enfant parce qu’on lui a donné une punition ou qu’il est en échec. On doit se justifier en permanence.  Les attaques personnelles, parfois même physiques, ne sont hélas plus anodines. » Et puis, il faut rappeler qu’il y a une réelle pénurie et que trouver un remplaçant relève du parcours du combattant pour les directions. Ceci explique peut-être cela…

Et quand on lui demande si elle estime fondés les clichés liés à son boulot, Marion prof de géo (30 ans) répond que « pour que des clichés s’installent, il faut qu’il y ait quelques spécimens qui leur permettent d’exister. Et que, dans l’enseignement comme les autres secteurs, il y a évidemment des fonctionnaires flemmards mais qu’il y a aussi une majorité de profs motivés et impliqués! ».

On souhaite en tout cas tout le meilleur aux profs pour cette rentrée!

Auteur: Florence Brigode

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