Home Lifestyle Faut qu'on parle FAUT QU’ON PARLE: pourquoi l’affaire Besson ne fait pas plus de bruit?

FAUT QU’ON PARLE: pourquoi l’affaire Besson ne fait pas plus de bruit?

Si l’affaire Weinstein a fait un bruit monstre l’année dernière, les accusations contre Luc Besson ont quant à elles presque été passées sous silence. Le New York Times s’interroge sur les raisons d’un tel phénomène.

En octobre dernier, Hollywood était sous le choc: le New York Times venait de publier une enquête solide, révélant des accusations d’abus sexuels contre Harvey Weinstein, l’un des producteurs les plus puissants du monde du cinéma. Suite à ce coup de tonnerre, de nombreuses femmes – dont plusieurs actrices très connues – avaient témoigné de leur propre expérience avec le producteur. Fin 2017, elles étaient plus de 30 à avoir accusé Weinstein d’abus et de harcèlement sexuels. Si Weinstein s’est finalement libéré en payant une caution d’un million de dollars, le producteur pourrait encore être condamné à l’emprisonnement à vie en septembre. Outre ces accusations, l’affaire Weinstein a également fait parler d’elle grâce au déferlement de témoignages qu’elle a réussi à créer. En voyant les médias prendre au sérieux de tels faits et des stars qu’on connaît toutes raconter leurs expériences, la parole des femmes s’est libérée à travers le monde, via, notamment le hashtag #MeToo, qui reste l’un des phénomènes le plus bouleversant de 2017.

Des accusations graves

En mai dernier, on apprenait que Luc Besson était également accusé d’agressions sexuelles. Interviewée par une de nos journalistes, Sand Van Roy, une actrice belge de 27 ans, qui est notamment apparue dans Taxi 5 et dans Valérian et la Cité des milles planètes, a détaillé toute son horrible histoire avec Besson. Lors d’un tournage, le réalisateur lui avait dit avoir des sentiments pour elle, avant de mettre sa main sous sa jupe. Au début, le jeune femme dit avoir ressenti de la pitié pour lui, lorsqu’elle l’a repoussé, d’abord gentiment. Sur le plateau, tout le monde l’appelait « Edward aux mains d’argent ». Il créait un climat de peur, lui demandait de ne plus porter que des jupes (car les pantalons la grossissaient), la retrouvait dans sa chambre pour avoir des relations sexuelles avec elle et finissait par se masturber devant elle, une fois confronté à ses refus. Finalement, le réalisateur l’aurait forcée à faire des actes sexuels dans sa suite… Plus tard, elle dit même avoir été violée:

Je faisais une sieste et j’ai été réveillée par son poids sur moi. Il avait relevé ma jupe et était en moi. J’ai pétrifiée, paniquée.

Mais par peur de saboter sa carrière, elle n’en dira rien pendant tout un temps, excepté à quelques proches. Jusqu’à l’affaire Weinsten. Elle aurait alors rencontré d’autres victimes du producteur et aurait été le trouver pour lui dire: « Si tu me fais encore quoi que ce soit, je vais à la police ».

Sa réponse? « Les filles qui essayent de me faire chanter reçoivent trois balles dans la tête et se retrouvent avec les deux pieds sous terre. »

Des menaces, qu’il tente de lui faire prendre au sérieux en lui envoyant via iMessage, peu de temps après, une vidéo montrant sa tête coupée et ensanglantée, dans une boîte. C’est là que la jeune femme décida de porter plainte. Mais c’était la veille de la première de « Taxi 5 » et on lui avait alors conseillé de ne rien dire: « Vous ne pouvez pas faire ça. Pensez à toutes les personnes qui ont travaillé sur ce film. »

Par compassion pour l’équipe du film, elle décide de se taire, encore une fois. Mais pendant le festival de Cannes 2018, Luc Besson lui demande de venir à Paris, pour discuter de son prochain film « Anna », dans le célèbre palace parisien du quartier des Champs-Elysées, à Paris. Le réalisateur aurait drogué Sand Van Roy. Elle nous explique s’être enfouie dans la salle de bains, après qu’il ait essayé de la violer. La suite, elle ne s’en rappelle plus. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle s’est réveillée le lendemain avec un œil au beurre noir, avec le souvenir partiel d’une relation sexuelle sans consentement. Luc Besson lui aurait laissé une liasse de billets, pour acheter son silence. C’est là que sa maman lui aurait dit: « Maintenant, ça suffit! »

Depuis qu’elle a porté plainte, son agent l’a renvoyée et sa carrière s’est arrêtée. Son avocat, Kris Luyckx, affirme que les plaintes de Sand sont soutenues par des e-mails, des extraits sonores et des vidéos. Une enquête internationale devrait être ouverte: « La Belgique est compétente, car Sand a la nationalité belge. Mais nous avons également des contacts avec une équipe juridique aux États-Unis, en raison des liens de Luc Besson à l’étranger ». Flair a contacté l’avocat de Besson, mais il n’était pas disponible pour commenter l’affaire.

Plusieurs témoignages anonymes

Sand n’est pas la seule a avoir témoigné, mais les autres préfèrent ne pas dévoiler leur identité. Le lundi 9 juillet, Mediapart sortait le témoignage de plusieurs femmes accusant Luc Besson de violences sexuelles. Il y avait notamment celui de Mona (pseudonyme), actrice:

Il n’a même pas terminé de fermer la porte qu’il s’est jeté sur moi, pour me toucher ou pour m’embrasser. Ma seule façon de m’en sortir, c’est de me jeter au sol. Et ça, je m’en souviens vraiment très bien, car je me suis laissée tomber sur le sol et à quatre pattes jusqu’à la porte pour pouvoir me lever et sortir en courant.

Manque de soutien et d’échos

Pourtant, l’histoire n’a pas fait grand bruit, à la grande surprise du New York Times, qui vient de publier un article sur cet étrange phénomène. Selon le journal, cela serait en lien avec des différences culturelles entre les États-Unis et la France. Aux Etats-Unis, les comportements inappropriés seraient bien plus vite reconnus qu’en France; où la frontière serait plus floue.

Les Français estiment que leur conception de la sexualité est très différente de celle des Américains, perçue comme plus rigide et puritaine. Ils se targuent d’apprécier un art de la séduction et du flirt peu apprécié des Américains.

Enfin, l’article souligne le manque de soutien apporté aux victimes de Luc Besson. »Mme Van Roy fait face à un mur de silence au sein du cinéma français. Aucune figure importante ne lui a apporté son soutien, aucune a été accusée de comportements inappropriés. »  Si le cinéaste reste pour l’heure, présumé innocent, espérons que la vérité sera rapidement mise en lumière et que, si il y a lieu, justice soit rendue.

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