Home Lifestyle Faut qu'on parle FAUT QU’ON PARLE: je suis féministe et j’adore Damso

FAUT QU’ON PARLE: je suis féministe et j’adore Damso

Le rappeur Damso composera le futur hymne des Diables pour le Mondial 2018. Une nouvelle qui fait polémique, en raison des textes ouvertement misogynes de l’artiste. Mais peut-on être féministe et écouter du Damso?

« Mais comme tout salaud, j’t’ai téléphoné, j’t’ai récupéré, puis j’t’ai fait pleurer parce que j’en ai rien à foutre, c’est ça la life (ouais). Qu’est-ce qu’tu croyais. Tu baises avec moi, tu baises avec d’autres. Même si j’fais pareil, c’est pas la même chose » scande Damso dans son dernier tube Macarena. Et les punchlines du fameux Bruxelles vie n’ont rien à envier à la vulgarité des premiers propos: « J’suis dans sa shneck, j’y vais mollo. Va prendre cher, toucher le gros lot. J’balance la sauce sur ses tresses. Au point que son mec a cru qu’c’était une bolo ». Deux exemples parmi tant d’autres de paroles ouvertement irrespectueuses envers les femmes de chansons de Damso. Et il n’est pas le seul: entre 22 et 37 % des paroles de rap sont misogynes et 67 % objectivent sexuellement les femmes.

Féministe et fan de rap: choisis ton camp

C’est donc sans surprise que l’annonce d’un hymne des Diables écrite par Damso a fait scandale. Dans une lettre adressée, sept associations féministes ont demandé au président de l’Union belge de football de reconsidérer leur choix. «  Que beaucoup d’entre nous écoutent à longueur de journée des chansons pop, rock, rap… sans écouter ni s’offusquer de paroles crues, voire plus, est une chose. Qu’une institution comme la vôtre – l’union royale belge ! – fasse un porte-drapeau d’un artiste à l’univers sexiste en est une autre  », peut-on par exemple lire. C’est vrai que fan de Damso ou non, ce choix n’est pas le plus judicieux, car le sujet clive davantage qu’il ne fédère. Le débat n’est pas neuf: en 2016, le rappeur Orelsan, Aurélien Cotentin de son vrai, nom, était poursuivi par cinq associations féministes pour les paroles de huit de ses chansons ( » J’te quitterai dès qu’j’trouve une chienne avec un meilleur pedigree », par exemple). « On ne peut pas faire que des œuvres qui soient du Walt Disney » avait-il plaidé, avant d’expliquer que ses paroles étaient « ironiques », et surtout placées dans la bouche d’un « personnage fictif ». La question se pose à nouveau avec la polémique Damso-Diables: peut-on être féministe et écouter du Damso, du PNL et du Orelsan?

Une question de contexte

Le suspense risque d’être assez court car la réponse est oui: je suis moi-même fondamentalement féministe et j’écoute du rap à longueur de journée. CQFD. La démonstration pourrait s’arrêter là, mais cette apparente schizophrénie mérite tout de même réflexion, puisque le rap est réputé comme étant le pire des musiques pour les femmes. Et là où je m’offusquerais d’entendre n’importe quel mec traiter une femme de « sale pute », je connais par cœur les paroles du « Sale pute » d’Orelsan. Mais tout est, comme toujours, une question de contexte. Le rap possède ses propres codes et la vulgarité en est incontestablement un. Tout comme les filles à poil dans les clips, le culte de l’argent et de l’égo-trip. Et c’est sans aucun doute ce qui fait son succès: le rap fait office d’exutoire. Quand j’écoute du rap, je ne me pose pas 25 questions: je souris à l’écoute d’une punchline bien écrite et bien envoyée. Ça me divertit, ça me détend. On est dans le domaine de l’entertainment, du second degré et de l’humour. Humour que je ne retrouve que dans ce style de musique et qui va de paire, depuis la nuit des temps, avec la parodie et le cliché.

Un rappeur, un personnage

Sans oublier que la plupart des rappeurs de la nouvelle génération jouent des personnages et à moins que je ne me trompe, personne n’a jamais poursuivi un acteur interprétant le rôle d’un violeur. Comme le dit très justement Anthony Consiglio de Back In The Dayz, label de hip-hop belge: « Ce qu’ils (les détracteurs de Damso) n’ont pas compris, c’est que De Niro n’est pas un braqueur dans la vraie vie … Damso, ça reste un nom de scène. Ses enfants ne l’appelleront pas Damso. Ils l’appelleront William ». Le sort donné aux rappeurs devrait être le même: ces artistes imitent les bases du rap – NTM et autres – qui s’inspiraient, quant à eux, de leur propre vie.

Le mépris

Par ailleurs, prendre les rappeurs comme des êtres primaires incapables de second degré, c’est s’enfermer dans des préjugés. Et cette tendance se remarque d’ailleurs très souvent dans la manière qu’ont les émissions télévisées d’accueillir les rappeurs. Dans « On n’est pas couché », Nekfeu fut décrit comme « un rappeur aimant lire ». Plus récemment, Vald faisait face à la condescendance médiatique lors de son passage dans « Les Terriens ». Thierry Ardisson l’introduisait avec ces mots: « Bonjour Vald, vous n’êtes pas vraiment un rappeur comme les autres. Vous n’êtes pas Noir, nous ne passez pas vos journées en salle de muscu, et vous savez que le verbe croiver n’existe pas ». Un mépris de classe, au moins aussi dégueulasse et injustifiée que le mépris des femmes. Et puis, faut-il rappeler que personne n’a réellement crié au scandale quand Michel Sardou a sorti son « Etre une femme 2010 », morceau dans lequel il déplorait que les femmes soient devenues des « hommes à temps plein » en raison de leur vie professionnelle. Mais les rappeurs, souvent perçus – et c’est une réalité en majeure partie – comme des petites kaïras, sont des cibles nettement plus faciles. Eux ont au moins le mérite de parler sans détours et sans fioritures, là ou d’autres artistes et styles musicaux entraînent une misogynie peut-être moins flagrante, et donc plus pernicieuse. Comme le rappelle cet article du Huffington Post, John Lennon prévenait dans un de ces morceaux: « Je préfère te voir morte, petite fille, plutôt qu’avec un autre homme », tandis que le chanteur des Rolling Stones décrivait une conquête de cette manière: « Sous mon joug, elle est le plus adorable animal de compagnie au monde. Ça dépend de moi, la manière dans elle parle quand on lui adresse la parole. » Une nana féministe peut aussi être sensible au rap pour une raison très simple: rappeurs et féministes mènent un combat commun contre le patriarcat, c’est-à-dire la domination des hommes blancs d’âge mûr dans les lieux de pouvoir. Les rappeurs, mieux que quiconque, peuvent comprendre l’oppression et les inégalités dont les femmes sont parfois victimes.

Une question d’ouverture et d’enrichissement

Reste à rappeler que si bien des morceaux de rap renvoient une image dégradante des femmes, il en existe aussi un tas qui dénoncent les inégalités hommes femmes, le machisme ordinaire, le racisme ou les inégalités sociales. Bien sûr, on peut se demander à juste titre si un jeune de 13 ans qui écoute du Damso ne va pas naturellement parler aux filles de sa classe de la même manière. Mais personnellement, je pense que le malaise émane de la société toute entière et que blâmer le rap est bien trop facile. Leurs paroles ne tombent pas du ciel mais sont directement inspirées de la manière dont les femmes sont traitées par la société. « Le rap est un miroir de la société » explique d’ailleurs la créatrice de Madame Rap (premier média en France dédié aux femmes dans le hip hop) dans cette conférence sur le féminisme super intéressante!

Ecouter du rap quand on est une femme de 26 ans c’est aussi s’ouvrir à d’autres courants, c’est prendre conscience d’une autre perception de la société, et des femmes, pour faire progresser la compréhension entre deux mondes. Dans un article du Huffington Post, Benjamin Weill, philosophe spécialisée sur les questions sociales expliquait que le rap de Damso nous apprenait par exemple beaucoup sur la misère affective masculine, sur la souffrance pour un homme d’être prisonnier de ses pulsions sexuelles. Écouter du rap en étant féministe, c’est aussi prouver que nous sommes tous des êtres nuancés et remplis de contradictions. C’est prouver qu’une femme peut avoir du second degré. Et puis, la base du féminisme n’est-elle pas de donner aux femmes la liberté d’être celles qu’elles désirent être? Si tel est le cas, écouter « Macarena » ne fait de moi qu’une traîtresse aux yeux de Los del Rio #hihi

Jobs

Plus qu’une étape pour activer les alertes-infos!

Autorisez les notifications de Flair.be sur votre navigateur.