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Phrases Assassines: le compte Insta qui recueille les petits mots qui font mal

« Tu as assez mangé non?!? », « Tu es cultivée pour une coiffeuse »… Phrases Assassines, c’est l’encyclopédie de toutes les phrases qui font bien plus mal qu’une fessée. Vanessa Pouzet, la créatrice de ce compte Instagram nous explique sa démarche.

À peine une semaine est passée depuis le lancement de « Phrases Assassines » et les témoignages affluent à tout va. Vanessa Pouzet, à l’initiative du projet nous explique le pourquoi du comment de ce compte Instagram libérateur.

Comment l’idée de « Phrases Assassines » est née?

« Étudiante, j’ai été traversée par une phrase du philosophe Walter Benjamin « l’individu a ainsi le droit de beaucoup endurer tant qu’il est seul et d’endurer tout tant qu’il le cache ». Utiliser les réseaux sociaux pour rendre l’invisible visible m’a semblé extrêmement intéressant. Car le problème, c’est que bien souvent ces phrases d’une violence ordinaire sont complètement acceptées « c’est comme ça », « une bien triste banalité ». Et pire, cette violence, on s’en cache bien souvent au risque d’être considéré·e comme susceptible, geignard·e, menteur·se… « Phrases Assassines », c’est une encyclopédie, non un recueil plaintif. »

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Pourquoi avoir lancé « Phrases Assassines »?

« Pour de ne pas laisser ces violences ordinaires sous silence. Une femme, Betty, m’a écrit cette phrase que je trouve si juste « Accepter qu’il y a pire, c’est banaliser ces violences ». Je crois que ça illustre parfaitement mon intention. Définir ce qu’est une phrase assassine, pour éviter les amalgames atténuant leurs impacts. D’ou vient-elle en fait? Qui la prononce? Pourquoi? En lisant, ces témoignages on retrouve des similitudes, des mécanismes. Dans la majorité des cas, ces phrases n’ont pas été prononcées dans un climat de colère, bien au contraire! C’était plutôt dans un contexte familial, amoureux, amical et c’est donc une incohérence qui anesthésie. Ces mots venins durablement ancrés flottent des années, des dizaines d’années. Preuve que le simple « ça nous arrive à tous » ou « il y a pire » n’est pas satisfaisant. Ces phrases percutent l’estime de soi, bouleversent le rapport à son propre corps, à son être tout entier. Les lire tous ensemble, c’est un tsunami, ça doit questionner. »

Quel message voudrais-tu faire passer?

J’aimerais que ces témoignages interrogent. Car, ils sont le reflet d’une société, d’un climat d’hostilité envers l’autre. Ces phrases assassines posées les unes à côté des autres deviennent autre chose. Elles peuvent s’entrechoquer pour mettre en lumière l’absurdité des injonctions sous-jacentes (par exemple, les phrases sur le corps des femmes, son calibrage) ou au contraire elles peuvent se rapprocher pour mieux comprendre les mécanismes en mouvement. Car derrière ces mots, on trouve de la misogynie, du racisme, de l’homophobie, de la xénophobie, du classisme, de l’antisémistisme, des discriminations, des jugements… et la liste est bien plus longue. Je souhaite également créer du lien, du soutien sans être dans le pathos mais plutôt dans l’action, dans le questionnement

Quel comportement adopter face aux phrases assassines?

« La plupart du temps, ces phrases sont restées sans réponse car elles ont cloué la parole. Et ce sont des humiliations qui ont fonctionné puisqu’une honte en découle toujours, honte de soi, honte d’en parler, honte de se plaindre, honte de ne pas avoir répondu. Ensuite, souvent des évitements ou des stratégies sont mis en place pour ne plus se retrouver à les réentendre. Mais si ces phrases assassines sont reçues pour ce qu’elles sont, elles peuvent être traitées différemment voire même entraîner une réponse dans certains cas. Que cela soit efficace sur la phrase prononcée ou non, se défendre laisse une autre image de soi, plus forte. On peut en parler aussi, si ce n’est pas possible auprès de ses proches, il y a toujours @phrasesassassines! Être entendu·e, c’est salutaire. Pour terminer, notre rôle d’adulte est de protéger les plus jeunes (de nombreux témoignages viennent de l’enfance). Il y a des choses à faire, comme déjà la sensibilisation et se mettre en position d’écoute. Élever ses enfants dans le respect de l’autre. » 

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D’où viennent les premières phrases?

« Ces mots sont depuis les premiers, des témoignages issus des personnes qui me les ont confiés. Des proches, des inconnu·e·s, des lecteurs·rices de mes réseaux sociaux avec qui les échanges se sont créés. Je préfère avoir une place extérieure même si nos actions révèlent ce que nous sommes profondément. »

As-tu déjà reçu beaucoup de témoignages?

« Énormément! J’ai été bouleversée, par ce flot. Ces messages que je reçois sont aussi chargés d’autres mots, ceux autour de ce projet et du bien que cela apporte. En moins de trois jours, des centaines de personnes ce sont abonnées à Phrases Assassines. Je ne m’y attendais pas. De nombreux partages également en story qui m’ont extrêmement touchée et encouragée dans mon initiative. »

Est-ce que tu as reçu des avis négatifs?

« Je n’ai pas encore reçu d’avis négatif. Mais je m’y prépare, on ne peut pas libérer la parole sans que cela ne dérange pas. Par contre, j’ai reçu deux témoignages, de deux femmes qui se connaissaient, sur mon compte personnel lorsque j’ai parlé du projet. Elles ont vu dans cette initiative, une injonction à être un parent parfait ou un désir de surfer sur la tendance à se poser en victime. Je ne sais pas si elles sont allées découvrir le compte depuis mais j’espère qu’elles le feront pour comprendre. 

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