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« Juste la fin du monde »: pourquoi on a adoré le dernier Xavier Dollan

Justine Rossius
Loin du succès phénoménal de "Mommy", le dernier Xavier Dolan intitulé "Juste la fin du monde", divise la critique. Si certains dépeignent un film étouffant et ennuyeux, d'autres crient au génie. On fait partie du deuxième camp. 

Louis (interprété pat l'excellent Gaspard Ulliel), devenu écrivain reconnu, retourne voir sa famille après 12 ans d'absence. Ce pour renouer des contacts éclatés, un passé parti en fumée, pour "rattraper le temps perdu et prévenir du temps qu'il reste." Parce que voilà, Louis va bientôt mourir.

À son arrivée, branle-bas de combat. Tout le monde s'active pour faire bonne impression au fils prodigue, pour que le repas soit bon, que le vernis soit joli, parce qu'après tout "Louis aime les belles choses colorées, il est homo". Déjà, sous-entendus et piques se multiplient, le ton monte et ne fera que hausser crescendo durant tout le film, ne laissant aux spectateurs que très peu de répit, pour atteindre son zénith dans les dernières minutes, lors d'une scène qui nous a littéralement coupé le souffle.

 

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Des personnages très touchants

Comme à son habitude, Dollan élucubre des personnages attendrissant de pas leurs multiples défauts, cette fois campés par des acteurs très "bankable". On découvre ainsi Suzanne (Léa Seydoux), la petite sœur, sensible et effrontée, qui n'a jamais bien connu son frère Louis, mais qui a besoin de lui pour avancer, pour arrêter les conneries, aussi. Il y a Antoine (joué par Vincent Cassel), toujours sur la défensive, vilain petit canard autoproclamé de la famille, qui ne supporte pas la sensibilité artistique de son frère, qu'il jalouse sans doute beaucoup. Et la maman (jouée par une incroyable Nathalie Baye), folle d'amour de son chéri Louis, qui a appris à relativiser son absence. Il y aussi l'excellente Marion Cotillard qui interprète l'épouse d'Antoine, une femme renfermée sur elle-même, qui peine à articuler trois mots. 5 personnages, pas un de plus.

 

xavier

 

Un huit-clos d'une grande intensité

En signant "Juste la fin du monde", Xavier Dolan fait le pari risqué de reproduire une pièce de théâtre en huis-clos – de Jean-Luc Lagarce, écrite en 1990 – dans un film d'1 h 40. 100 minutes d'une intensité crue, presque insupportable pour le spectateur qui se demande quand – par pitié – cette famille arrêtera de gueuler. Quand ils communiqueront enfin plutôt que d'aboyer, se diront qu'ils s'aiment et se manquent à la folie plutôt que se traiter de fous.

Parce que c'est bien là le sujet du film: le manque de communication, les non-dits et le besoin presque cruel de dire je t'aime, lorsque le brouhaha des reproches paralyse et meuble les silences du cœur. 

 

xavier

 

L'enfer de la famille selon Dollan

Selon Antoine, son frère ne s'intéresse pas à sa vie, trop médiocre par rapport à la sienne. Alors il se protège en poussant des gueulantes. Suzanne, bizarrement, défend son Louis corps et âme, l'aîné de la famille de par sa réussite, son argent, sa beauté. Pour tous, et sans se l'avouer, Louis les a abandonné en partant loin. Et si certains trouveront les dissensions et attaques perpétuelles de ce trio "too much" et insupportables, certains ne sauront que trop bien qu'il n'y a rien de plus réel que ce fiasco des dimanches en famille.

 

Une histoire de névroses familiales

Xavier Dollan parvient – encore une fois – à autopsier ce que l'humain à de plus profond, de plus bizarroïde. Il décrit à coups de plans trop serrés, d'échanges de regards et d'envolée musicale (Xavier Dollan est quand même le seul à réussir à nous faire verser une larme sur Dragostea Din Tei ), les sentiments parfois paradoxaux qu'on peut éprouver lorsqu'il s'agit de notre famille. Sentiment de réupulsion et de rancœur mêlé d'un amour inconditionnel. Sentiment d'adoration et de jalousie. De non-dits et de sincérité blessante. Le film cause de nostalgie, aussi. Cette mélancolie du bon vieux temps qui ne se rattrape pas, des vacances en famille à la campagne, qui contrastent cruellement avec les effets des années, des enfants qui deviennent grands et des papas qui s'effacent d'un portrait de famille trop lisse.

 

seydoux

 

Ce qui est sûr, c'est que ce dernier-né de Dollan se lit avec subjectivité. Soit on s'y reconnaît dans toute notre entièreté, soit on est passé à côté – et à la bonheur – d'une famille éclatée et d'un Xavier Dollan à son apogée. Le jeune cinéaste, déjà à la tête de 6 films à 27 ans, livre une possible – pas la plus joyeuse – définition de la famille et nous donne l'envie de renouer avec la nôtre, avant que ce ne soit la fin du monde.

 

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