Du temps de nos grandmères, on ne divorçait pas pour éviter les problèmes financiers. Cette période est-elle vraiment révolue? Soline, 29 ans, n'est pas épanouie dans son couple et pourtant, elle reste...
Précarité au féminin
L'histoire de Soline n'est pas un cas isolé. Sans partager pour autant ses penchants de fille "entretenue" et son grand train de vie, nombre de femmes restent avec leur compagnon car il leur serait financièrement difficile de s'en sortir seules, et plus encore si elles ont des enfants. Elles n'ont parfois pas de diplôme, ne disposent pas d'un toit ni de ressources propres... Obtenir un diplôme, gagner sa vie est donc bien une garantie d'autonomie. Une réalité que certaines perdent de vue quand, aveuglées par l'amour et parfois sous la pression de leur compagnon, elles sont tentées de tout laisser tomber: études, travail... Et risquent alors de devenir dépendantes de leur partenaire sur le plan matériel. Elles peuvent un jour de se retrouver liées à lui, comme Soline, pour de mauvaises raisons...
Un si joli parti...
"Mieux vaut un portefeuille bien garni que de beaux yeux", c'est la théorie défendue par deux déçues de l'amour, Drake et Ford: Smart Girls Marry Money (Running Press Books Publisher). Dans leur très pragmatique "manuel du mariage", elles avancent des arguments imparables. Exemple: "Un homme riche a au moins prouvé de quoi il était capable et qu'il avait du caractère..." Certes. Quant à savoir si son "caractère" et son plantureux portefeuille vous rendrontheureuse à coup sûr, c'est une autre
histoire.
Un soir, il y a quelques semaines, Yann n'était pas encore rentré longtemps après l'heure habituelle. A la radio, j'ai entendu qu'un accident de voiture s'était produit et qu'il y avait des morts. Un bref instant, j'ai imaginé comment serait la vie si mon mari faisait partie des victimes. Je reste pétrifiée par mon propre cynisme: j'aurais l'argent et ma liberté. Je sais que c'est horrible, mais lorsque Yann a franchi la porte, une demi-heure plus tard, je l'ai secrètement un peu regretté. Je n'aime pas la femme que je suis devenue. Comment j'en suis arrivée à être 'ça': une femme dépendante et avide d'argent ! Il n'en a pas toujours été ainsi. Cet homme, je l'ai aimé.
Lorsque je l'ai rencontré, je combinais mes études d'interprète traductrice avec deux petits boulots. Je vivais chez ma mère, qui devait assumer seule ses trois enfants. Autant dire que nous ne roulions pas sur l'or. Il lui était impossible de financer nos études à tous les trois. Cela ne me posait pas de problème car je n'avais jamais rien connu d'autre. J'ai même adoré cette période: j'avais un kot, j'allais aux cours, je travaillais trois soirs par semaine dans un café et le dimanche dans une boulangerie. J'avais des amis, je débordais d'énergie et je savourais ma liberté.
C'est dans le café où je travaillais que je l'ai rencontré. Je le voyais comme quelqu'un de calme et d'introverti, mais en même temps comme un homme qui maîtrise la situation. Il avait huit ans de plus que moi, travaillait déjà dans l'entreprise de ses parents et en était le vice-président. Il avait des responsabilités et prenait des décisions. Pour moi, il vivait la 'vraie vie'.
Je suis devenue raide dingue de lui. Mes amies ont bien tenté de me mettre en garde en me disant: 'Il vient d'un tout autre monde, es-tu sûre que vous alliez bien ensemble?' Mais je n'ai rien voulu entendre. Je me voyais comme Cendrillon et Yann était mon prince.
La vie avec lui était un conte de fées. Il s'était arrangé pour me trouver un travail administratif dans son entreprise, mieux payé que mes deux jobs réunis. Du coup, j'avais mes soirées et mes week-ends libres, pour passer du bon temps ensemble...
Yann était le genre d'homme à venir me chercher le vendredi soir pour m'emmener en week-end à Barcelone ou à Paris.
En un rien de temps, je me suis habituée à ce train de vie. Yann m'emmenait dans les boutiques chics et m'achetait des vêtements somptueux. J'avais l'impression que l'argent n'était plus une préoccupation et je savourais pleinement la liberté et l'aisance qui m'étaient ainsi offertes. Ce que je ne réalisais pas, c'est que, bien au contraire, je devenais prisonnière de ma dépendance envers Yann et son argent.
Un an après notre rencontre, j'ai arrêté mes études. J'étais amoureuse, l'école ne m'intéressait plus et je consacrais tout mon temps à Yann. Lorsqu'il s'est agenouillé devant moi et a demandé ma main, je n'ai pas hésité un instant. C'était tout ce que j'attendais: nous allions vivre heureux ensemble, pour toujours.
Durant les trois premières années de notre mariage, j'ai été la plus heureuse des femmes. Entre-temps, j'ai changé de statut. Son père ayant pris sa pension, c'est Yann qui était devenu le big boss et moi, je travaillais au service du personnel. Mais les mauvaises langues disaient que je ne devais mon job qu'au fait que j'étais 'la femme du patron'. Ce qui était exact. Ma confiance en moi en a pris un coup, tout comme mon ardeur au travail.
Lorsque j'ai fait une fausse-couche, ma motivation s'est évanouie. Je comptais rester un temps à la maison pour m'en remettre. Mais plus le temps passait, moins je me voyais reprendre le chemin du boulot. Je trouvais que les autres avaient raison: j'étais une pistonnée et je n'avais été engagée que grâce à Yann.
Après ma fausse-couche, j'ai réalisé que ma vie n'était pas un conte de fées, mais un château en Espagne. Yann n'était pas là pour partager ma tristesse. Pour lui, ce sont des choses qui arrivent, c'est tout. J'aurais aimé pouvoir pleurer dans ses bras, faire face ensemble à la perte de notre bébé, mais je me suis retrouvée seule.
Entre mes quatre murs, j'ai pris vraiment conscience de la superficialité de notre relation. Yann m'achetait tout ce que je désirais, mais nous avions peu d'échanges. Plus de trace d'affection ni de tendresse. Le bonheur s'était évanoui. J'ai essayé d'en parler à Yann, mais il n'a rien voulu entendre. Cela s'est terminé par une terrible dispute au cours de laquelle il m'a lancé: 'Pour quelqu'un qui vient de nulle part, tu es devenue bien exigeante!' Cette phrase assassine m'a dévastée.
Si j'étais indépendante et autonome, je serais partie. Mieux vaut être heureuse dans un petit appartement et devoir se battre pour s'en sortir que seule et malheureuse dans une luxueuse villa... Cela semble évident et pour quelqu'un d'autre, je défendrais ce point de vue. Mais il s'agit de moi et je ne peux plus me passer de tout ce luxe. Je ne veux plus avoir à réfléchir pour chaque achat comme avant; ni me tracasser pour le loyer ou me priver d'une paire de chaussures faute d'argent. Je n'ai ni diplôme, ni expérience professionnelle sérieuse.
Si je quitte Yann, j'aurai beaucoup de mal à joindre les deux bouts. Ce sera la galère assurée. Lorsque nous nous sommes mariés, j'avais mis un point d'honneur à ce que nous établissions un contrat de mariage. Je voulais éviter qu'il puisse penser que j'étais avec lui pour sa richesse.
Et à présent, si je le quitte, je n'aurai droit à rien. Après chaque soirée glaciale avec Yann ou le énième week-end où je suis restée seule parce qu'il est parti avec des amis, je me dis: 'cette fois je le quitte et qu'importe l'argent!' Mais l'instant d'après, je tiens un autre discours: 'Tu es trop exigeante. Il ne te frappe pas, il ne te fait aucun mal!'. Je ne suis pas fière de moi. J'aimerais retrouver mon autonomie et mon intégrité. Mais je n'en ai pas la force."
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