L'hyperphagie ressemble à une crise de boulimie. La différence, c'est que les patientes ne se font pas vomir et prennent donc du poids. Comment s'en sortir?
"En 20 minutes, j'engloutissais un pot de choco, des chips, deux paquets de biscuits, des piles de tartines et des poignées de sucre en poudre"
Elise mesure 1 m 76 et ne pèse plus que 45 kilos. Son corps tout entier semble avoir abandonné la partie. Au début, son trouble alimentaire était un refuge, un moyen d'échapper à la réalité. Aujourd'hui, il fait partie intégrante de sa vie.
"A 16 ans, j'ai rencontré celui qui aurait pu devenir l'homme de ma vie. Nous étions inséparables. On n'avait même pas besoin de parler pour se comprendre. La vie ne nous a malheureusement pas laissé le temps d'écrire un deuxième chapitre à notre histoire. Mon copain souffrait de la maladie de Crohn. Il a développé un cancer qui l'a emporté en 3 mois. Je l'ai veillé tous les soirs. Il est mort dans mes bras. J'avais tellement de chagrin que je ne parvenais à me confier à personne. J'étais incapable d'exprimer ma peine. Lorsque j'ai emménagé dans un kot, la situation s'est dégradée. J'ai commencé à me mutiler. J'espérais que la douleur physique atténuerait le chagrin. Quand mes parents ont remarqué les traces de coupures, j'ai dû leur promettre d'arrêter de me taillader les bras. Pour compenser, j'ai alors cherché un autre moyen de diminuer le mal-être que je ressentais au fond de moi."
"Je ne me pesais jamais. Une fois, juste par curiosité, je suis montée sur la balance. Je faisais 70 kilos. J'avais pas mal grossi. Dans un premier temps, je me suis remise au sport. Puis, j'ai décidé de ne plus manger que des légumes. Très vite, j'ai commencé à sauter des repas.
Les carences étaient telles que mon corps réclamait des graisses et des sucres en permanence. En 20 minutes, je pouvais engloutir un pot de choco, des chips, deux paquets de biscuits, des piles de tartines au fromage et des poignées de sucre. Après, je me sentais tellement mal que j'étais obligée de me mettre au lit. J'ai alors entrepris une thérapie. Lorsque le psychiatre m'a demandé si je me faisais vomir, j'ai compris que c'était un bon moyen pour pouvoir continuer à m'empiffrer. J'ai donc commencé à me faire vomir après mes crises de boulimie. Puis, très vite, je l'ai fait après chaque repas, même lorsque je ne mangeais que de la salade. Peu après, j'ai complètement arrêté de manger. Je suis descendue jusqu'à 39 kilos. Je ne parvenais plus à monter les escaliers. Le simple fait d'être couchée sur un matelas me faisait mal. Je risquais aussi de mourir à tout moment d'une crise cardiaque. Si je voulais vivre, j'ai compris qu'il était temps de réagir."
"Oui, je me trouvais jolie quand je ne pesais que 39 kilos! Et aujourd'hui, si quelqu'un me fait remarquer que je suis trop maigre, j'en conclus qu'il est tout simplement jaloux. L'année dernière, un garçon qui m'avait vue en short et haut de bikini m'a traitée d'anorexique devant tout le monde. Vous savez quoi? J'étais fière et soulagée d'être encore maigre. Manger reste, pour moi, très problématique. Ce n'est que lorsqu'on me dit que je n'en ai plus que pour quelques jours à vivre que je prends conscience du risque que j'encours en refusant de manger. Avant, cette attitude compulsive face à la nourriture n'était qu'une fuite. Aujourd'hui, elle fait partie intégrante de ma vie."
"Il est important qu'Elise soit prise en charge par un service spécialisé dans les troubles alimentaires. Bien qu'elle soit très fière de sa maigreur, elle ose demander de l'aide. Si ces patientes ne ressentaient pas un profond malaise, pourquoi agiraient-elles ainsi? Pour ces jeunes femmes, il s'agit souvent d'un moyen de réprimer des sentiments qui leur font mal. L'anorexie est souvent la conséquence directe d'une expérience traumatisante, comme le fait de quitter le cocon familial, de devenir femme, de rencontrer des problèmes scolaires. Les troubles alimentaires touchent des jeunes filles qui souffrent d'un manque d'estime et de confiance en elles."
Ilse Ulens, spécialiste des troubles de nutrition en milieu hospitalier.
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