Ça y est, j'ai connu l'extase avec mon chauve-bedonnant-que-j'aime. Il m'avait promis un week-end en amoureux à la campagne. On n'a pas été plus loin que le pas de ma porte, je lui ai sauté dessus comme je n'aurais jamais osé rêver le faire.
On s'est étreints comme des lutteurs, rouges et essoufflés
Tout vient à point à qui sait attendre. C'est particulièrement vrai quand il s'agit du point G, si vous voulez mon avis. Depuis que Peter hantait mon corps et mon esprit sans se décider à m'embrasser, je suis passée par une phase de grande coquetterie, puis de délabrement (manque de sommeil, tension, vaguement repris la clope?). Mais quand j'ai reçu son SMS d'invitation à un week-end dont il n'y avait pas à douter qu'il serait (enfin) torride, je me suis réveillée? en princesse! J'avais trois jours, j'en ai passé la moitié à me préparer: épilation en institut, coiffeur, gommage complet, autobronzant et tout le tintouin. J'étais fin prête, je me sentais plus belle et désirable que jamais (étrangement stressée aussi) quand Peter est passé me prendre chez moi, le vendredi.
La nausée du bonheur
Je le vois très souvent en costume (j'adore!), mais là, avec un simple jeans et une chemise blanche parfaitement coupée, j'ai fondu. Il m'a accueillie en me posant les mains sur les hanches, à trente centimètres de son corps. Peter m'a regardée, il n'a rien dit, mais j'ai compris. C'était comme un sous-titre dans un film hollywoodien: "You're magnificent!" J'avais la bouche entrouverte, la respiration un peu saccadée. Il s'est approché et? m'a embrassée à la commissure des lèvres. Cela a duré quelques délicieuses secondes. J'ai fermé les yeux et j'avais l'impression que, de l'autre côté de mes paupières, le ciel tournait, comme quand on se couche après avoir trop bu. J'ai ressenti une légère nausée de bonheur. Je ne sais pas comment l'appeler autrement: l'estomac tellement tordu, la gorge tellement serrée, la tête à une telle altitude? J'étais comme dégoûtée d'envie, éc?urée d'appétit. Et c'était une sensation fantastique.
Ça suffit!
Puis, il s'est reculé et m'a souri, avant d'amorcer un demi-tour pour - je suppose - aller m'ouvrir la porte de la voiture. J'étais toute baignée de magie, mais maintenant, c'en était assez! Je n'ai pas réfléchi, j'ai agi simplement selon ce que mon corps (pas le pomponné du vendredi, non: le vrai, le profond, le mon-mien) m'ordonnait! Comme lors d'une respiration hors de l'eau après une longueur d'apnée, l'air s'est engouffré en moi. Et cette bouf-fée a imprimé à mon buste un mouvement vers l'avant. Ma main a fermement saisi la sienne pour le faire se retourner vers moi. Puis j'ai attrapé son visage et je l'ai embrassé. Ma bouche s'est posée sur la sienne avec rage, mais c'était doux en même temps. On respirait très fort tous les deux.
Après un moment, il a posé ses mains chéries sur mes reins et m'a penchée légèrement vers l'arrière, histoire que nos corps soient en contact sur toute la longueur? J'ai d'ailleurs pu estimer une autre longueur. Une longueur dont on ne peut pas dire qu'elle m'a "réjouie", il serait plus correct de dire qu'elle m'a "pré-jouie". Pardonnez ce langage un peu cru, mais je vois mal comment traduire autrement ces sensations que l'on fait monter à feu doux sur fond de romantisme. Quand le lait bout, il est malhonnête de se cacher derrière les fleurs bleues. C'est l'heure des roses: douces et rouges, piquantes, dont on ne découvre le c?ur qu'en enlevant une à une ses couches soyeuses? Ça y est, je passe du cru au lyrique. C'est que les deux bataillent dans ma pauvre tête et dans mon ventre depuis trop longtemps. Ce baiser a duré, nous nous sommes étreints comme des lutteurs.
Nous n'arrivions jamais à trouver une prise assez forte, tant on avait envie d'enfoncer ses doigts dans la chair de l'autre. Nous nous som-mes regardés, rouges et essoufflés, l'?il bestial. Peter a verrouillé sa voiture à dis-tance et m'a suivie dans mon appartement. Nous avons piétiné les vêtements en pagaille parmi lesquels je n'avais "rien à me mettre" une heure plus tôt. Et nous y avons ajouté une robe d'été, une chemise blanche, un jeans et un boxer?