Cela fait un petit bout de temps maintenant que je roule ma bosse dans les sentiers du couple. Pourtant il me suffit d'une amourette ratée pour retourner à la case départ. Au prochain tour, je tire une carte "chance"?
Je rêve de romances sans "performance".
L'esprit creux, la bouche scellée, les paupières lourdes, à tout instant chargées d'une humidité qui menace. Une déferlante salée qui hésite, suspendue, et que j'assassine d'un clignement d'?il nerveux. Des larmes qui ne sortent pas, qui se présentent et que je rembarre avec trop de zèle. Ce silence dans la ville, dans la vie. Le vide. Je ne suis pas triste, je suis juste surprise du vide, de tant de vide.
Fabrice a emporté avec lui la musique et mon sommeil. Il s'en est allé brus-quement, pour un reproche simple et irrémédiable: son ordre, sa manie du rangement. Je me rends compte, mon visage face à son absence, du manque. Ce n'est pas lui qui me manque, c'est un Autre. Pas un autre précis, mais un Autre. Quelqu'un à côté de moi qui soit là, du lait renversé dans le frigo aux grands couchers de soleil sur la mer du Nord. J'ai envie que quelqu'un comble l'espace ténu entre l'enceinte protectrice de mes amis et le vide abyssal de l'amour rêvé. Un petit individu aimable qui ferait la jointure, qui colmaterait les fuites par lesquelles les larmes s'engouffrent dans mon navire.
Le printemps s'assoupit et les plaisirs chaloupés que m'accordait Fabrice explosent sans bruit. Nos nuits se révèlent des pétards mouillés, des extases bien passagères. Qu'avons-nous partagé réellement? Nous n'avons fait qu'échanger des orgasmes. Je ne veux plus d'histoires sans amour. Je ne veux plus de corps sûrs d'eux et de gestes précis.
Je veux du trac, de la peur et de l'émerveillement. Je rêve de romances sans "performance". Je veux un chemine-ment lent et hésitant jusqu'à l'étreinte. L'amour qui mène au sexe, pas le sexe dans l'espoir qu'il se mue en amour. J'ai assez pris le chemin dans ce sens-là pour savoir, maintenant, que l'on en revient toujours seule.
Où le trouver?
Mais qui? Qui pourra réinventer avec moi les tâtonnements charnels de nos 16 ans? Et les frissons de l'amour adulte? Contempler avec moi un bébé dans notre grand lit le dimanche matin? Où trouver cette créature monstrueuse faite d'un assemblage des personnes que j'ai aimées? Et comment ne plus trébucher sur les mêmes critères? J'aimerais tant m'étonner comme la première fois des blagues d'hommes, de leurs failles, de leur peur des bestioles rampantes?
Je voudrais sortir des enchaînements amoureux, des codes. J'aimerais être celle que je suis devenue au fil de mes rencontres, mais en étant toute neuve, toute fraîche, comme quand on n'a pas encore goûté la déception. Il y a des matins où il faut bien se poser des questions. LA question? "Mais qu'est-ce que je suis en train de foutre?" Où je vais? Suis-je prête à y aller seule? Pourquoi n'y a-t-il plus de goûter, de sonnerie pour indiquer la récréation, de blocus et de veillées louveteaux? Où sont-ils partis tous ces moments rassurants, ces heures où l'on pouvait encore se faire des illusions sur l'adulte qu'on deviendrait? Envolés. Et j'ai les jambes qui battent dans le vide.
Fille à papa
Le téléphone. J'écoute sa sonnerie remplir l'appartement et laisse mourir l'appel sans bouger. Après quelques longues minutes, je regarde qui a appelé: Papa? Mon cher, mon velu et musclé petit paternel qui ne m'appelle jamais, a senti qu'il se passait quelque chose. Comme quand j'étais petite, dans notre grande maison, à la campagne.
Une nuit, son instinct l'avait éveillé et il avait pu mettre en fuite un renard qui avait décidé de croquer mes petits poussins sous leur couveuse. Il est comme ça mon papa, il flaire le danger et n'agit que quand c'est indispensable. Je presse la touche du rappel automatique.
"Papa?" Cette réplique dite toujours sur le même ton depuis tant d'années? "Papa, j'ai envie d'aller manger une glace." Un jour, mon Prince viendra. En attendant, il y a mon papa. Je sais, "faut couper le cordon"? Mais il s'agit ici de mon salut, de ma survie. C'est mon cordon sanitaire.
Les blogs les plus récents
Les choses évoluent. C'est bien.