Depuis que Fabrice s'est installé chez moi, son ordre me dérange. Je l'adore, mais je déteste quand il range derrière moi. Ça me fait culpabiliser mais je n'ai pas envie de faire des efforts: il n'est pas ma mère!
Depuis qu'il vit chez moi, il fait la loi dans mes armoires
L'amour est pavé de compromis. Je ne sais pas qui a formulé cette phrase, mais son auteur peut se vanter d'avoir mis le Bronx dans la vie de millions de couples contemporains. Et c'est précisément à propos de mon Bronx personnel que le bât blesse: sur mon désordre, je ne suis prête à aucune concession. Et comme je vis avec un maniaque de la lavette, un hyperactif de l'éponge à vaisselle? il y a du pain (Haaaarg! Là, des miettes!) sur la planche. Mon cher et tendre (et propre) Fabrice me plaît sur beaucoup de points. Mais le côté "je refais vite le lit au carré après qu'on se soit vautrés dessus pour un bon french kiss", me refroidit quelque peu. Au début d'une histoire d'amour, on pense toujours que les manies de l'autre vont devenir touchantes. Mais quelqu'un doit avoir le culot de l'affirmer: ce qui nous emm? le premier jour, continue de nous emm? tous les autres jours! Il paraît que de ne pas dire ce qui nous emm?, c'est mauvais. Alors, j'ai pensé à ma santé et j'ai lâché le morceau à mon dulciné. Il est parti en claquant la porte.
Rangement dérangeant
Cela faisait quelques jours que mon niveau d'indulgence avait baissé. Le sien aussi, je pense. Je ne vois franchement pas l'intérêt de faire son lit quand on n'attend pas de visite. A ce que je sache, la vaisselle ne fond pas après deux heures passées dans l'évier, le temps de regarder un DVD? Ces choses, que je n'avais même jamais remarquées, rendent Fabrice fou. Le problème, c'est que depuis qu'il est venu s'installer chez moi, il ne peut s'empêcher de faire sa loi dans mes armoires. J'ai beau être amoureuse, j'ai mon intimité!
Je ne savais pas comment aborder le problème, alors, bêtement, j'ai repoussé la discussion calme et posée jusqu'à ce que l'inévitable confrontation hurlante se produise. Bien entendu, le détonateur était totalement anodin. Et, comme d'habitude, j'ai explosé au moment précis où il n'y avait franchement pas de quoi s'exciter.
Je craque!
Alors qu'il débarrassait simplement la table, j'ai explosé. "Mais laisse ça! Tu me rends dingue avec ta manie du rangement. Franchement, c'est pathologique! Et tes petits airs-là, de ne pas me faire de reproches mais de récurer tout ce que je touche, de ramasser tout ce que je dépose? Ce n'est pas parce que tu vis chez moi que tu vas m'imposer ta façon psychorigide de vivre!"
En parlant, je me disais: "Mais tais-toi! Tu t'y prends comme la dernière des ados rebelles, c'est ridicule." Allez savoir pourquoi, moi qui essaie de mieux "m'écouter", je n'ai tenu aucun compte de ces rappels à l'ordre intérieurs. Voilà, j'avais tout déballé, tout vomi en fait. Polluant mon espace vital (encore!) de cris totalement démesurés. Quand il a essayé d'argumenter calmement, je lui ai reproché sa mollesse. Quand il a haussé le ton, je lui ai diplomatiquement dit qu'il ne "sert à rien de beugler avec moi, je ne me laisse pas impressionner par les hormones." Et là, le coup de grâce: "Ta grosse voix, au moins, c'est plus viril que ton petit tablier!" Réplique d'une bêtise et d'une bassesse affligeante, j'en conviens. Et qui ne manqua pas de provoquer son effet: un beau claquage de porte, comme au théâtre.
Belle morale, petit moral
Les ordonnés et les autres auront toujours du mal à vivre ensemble. Mais dire cela ou ne rien dire? Si on met en balance les comportements de rangement de deux personnes même si elles font partie du même "clan" (les ordonnés vs les désordonnés), il s'en trouvera toujours une pour être un rien plus bordélique ou maniaque que l'autre. Et c'est à ce stade qu'entre en jeu la psycho-popu: l'amour est bel et bien fait de compromis. La boucle est bouclée et si celles qui ont envie de ricaner "je te l'avais bien dit" pouvaient, elles aussi, la boucler? Merci!