Je vous avais déjà confié que Fabrice n'était pas un grand comique. Alors qu'il vient d'emménager chez moi, je lui découvre un autre "défaut". Il n'est pas fan d'humour caustique, mais il est fan d'encaustique: c'est un maniaque de la propreté!
Là où je passe, la crasse s'efface
Me voilà passée du rôle clandestin de "maîtresse" à celui beaucoup plus rangé de "maîtresse de maison". Ejecté de l'appartement de son Elena et ruiné par nos innombrables nuits d'hôtel, Fabrice a débarqué chez moi, la bouche en c?ur et la valise à la main. Ravie que mon torride prof de tango me choisisse finalement, je lui ai ouvert grand la porte et l'ai installé, tel un Pacha, dans mon intérieur douillet. Cela fait maintenant huit jours que mon "Lantin lover" (son surnom depuis que je sais qu'il vient de la région de Liège) rabaisse consciencieusement la planche des toilettes, fait la vaisselle et mon repassage? Parce que, non content de me tenir éveillée toutes les nuits grâce à son répertoire amoureux impres-sionnant, Fabrice est une vraie "perle". Il travaille le soir et moi, la journée. Cela nous fait des câlins matinaux, un bon souper ensemble à l'heure flamande (18 h) et des retrouvailles à son retour, vers minuit.
A mon retour du travail, le premier soir, il avait nettoyé le frigo et une moussaka divine m'attendait sur une table éclairée par des bougies chauffe-plat. Fabrice m'attendait, propre comme un sou neuf dans sa chemise blanche et son (éternel) pantalon noir, parfumé comme un Parisien, une mèche savamment retombée sur le front. Je ne me suis pas méfiée: j'ai souri, j'ai mangé, j'ai bu et j'ai aimé?
Mignon ou maniaque?
Je me suis dit que c'était gentil à lui de me rendre ce service en remerciement de mon accueil. D'autant qu'on avait parlé la veille de ma sainte horreur du nettoyage de frigo. Il a retenu et il l'a fait. Trop mignon. Mouais? Après trois jours de ce régime, j'ai commencé à me poser des questions. Vous allez dire que je ne suis jamais contente, mais l'"elfe du logis", ça a ses inconvénients. Ces dernières années, j'ai soigné mon bordélisme aigu, pathologie très précoce chez moi, aux dires de ma mère. Mais il en reste certaines traces: une bergerie sous mon lit, des plantes déshydratées, des factures de 2004 retrouvées dans une pile de magazines? C'est mon quotidien, et je l'aime comme ça. Fabrice ne me fait aucune remarque, mais il passe frénétiquement le torchon derrière moi. Telle Attila, là où je passe, la crasse s'efface. Pratique, certes. Mais à force d'effacer mes traces, je ne me sens plus vraiment chez moi.
L'ordre (alphabétique)
J'hésitais à lui en parler, jusqu'avant-hier soir. Je rentre, j'inspecte l'appartement en me demandant ce qu'il a encore trouvé à laver, repriser, repasser, récurer. Je ne vois rien. Mais je ne cède pas à l'euphorie tout de suite, je me doute qu'il y a quelque chose. Quelque chose de caché, une chose à laquelle je n'ai plus pensé depuis une demi-décennie. La poussière sur les poutres? Non, c'était mardi. Un ramonage de cheminée? Non elle est murée. Un classage des livres de la bibliothèque? Non, il l'a déjà fait aussi? Alors quoi? Je m'assieds dans le salon et observe, aux aguets, tout en faisant semblant de répondre à ses ques-tions sur ma journée. Puis arrive l'évènement E.
Il vient me prendre par la taille et m'annonce fièrement qu'il a "quelque chose à me montrer". Je crains le pire. Le "pire", c'est rien à côté de ce qu'il a fait! Fabrice a réorganisé les armoires de la cuisine. Ça, en soi, ça peut se concevoir (même s'il aurait pu demander l'avis de la propriétaire de ladite cuisine). Ce que j'ai du mal à intégrer, c'est le mode d'organisation: "alphabétique". Dans une cuisine qui doit faire 8 m2 à tout casser! "Tu vois, ça va de gauche à droite. Tu cherches les assiettes? A est la première lettre de l'alphabet, c'est donc à gauche dans l'armoire de gauche." J'ouvre une à une les portes blanches: B-oîtes de conserves et B-ouilloire, C-asseroles et C-hips, D-étergents, F-arine et Féculents?
- "Fabrice, faut qu'on parle?"
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Si Fabrice a mis de l'ordre, c'est qu'il y avait du désordre ;-))