Une main sur mon épaule ou un baiser sur la joue et je reçois une décharge de 200.000 volts (de quoi paralyser un agresseur)? Je crois que je suis en train de tomber amoureuse d'un danseur de tango. Seul problème: il est déjà pris.
Il est casé. Mais c'est plus fort que moi.
L'image passe et repasse dans mon esprit toutes les trois secondes: Fabrice pose sa main sur mes reins. Une seconde de flottement total, j'ai l'?il vide, une vague de picotements m'inonde le corps.
- "Lola? Lola? LO-LA?!"
- "Hum, oui?"
- "Alors, tu veux bien m'accompagner à ce cours de tango?"
- "Moi?"
- "Mais oui, je t'explique depuis cinq minutes que ma copine est malade. Je ne peux pas donner cours sans partenaire?"
- "Attends! Moi, je n'ai plus dansé le tango depuis mon voyage en Argentine, j'avais 17 ans!"
- "C'est parfait: j'avais peur que tu n'aies jamais dansé. Emballé, c'est pesé! Je passe te prendre à 21 h."
Et en me remerciant, le classieux Fabrice m'embrasse sur la joue en posant ses mains radioactives sur mes épaules.
La rivale
Je me prépare comme pour un rendez-vous. Pas bien: Fabrice a une copine, une splendeur hispanophone qui danse comme une déesse et fait siffler les "s". Je n'ai pas l'habitude de jouer avec les messieurs casés, sauf s'ils me le deman-dent à genoux. Mais ce soir, c'est plus fort que moi, c'est Fabrice. Cela faisait un petit temps que j'avais recommencé à croire que le "magnétisme" était ce qui faisait tenir ma liste de courses sur mon frigo. Avec Fabrice, j'ai redécouvert que je pouvais être envoûtée, hypnotisée, électrochoquée? Il lui suffit de poser la main sur moi. Jeu très dangereux. Et sa pauvre partenaire qui passe la soirée en tête-à-tête avec son thermomètre? "On ne frappe pas un homme à terre!" Soit, mais une femme, on peut, non? Et puis, je ne la frappe pas: je fais juste un peu de rentre-dedans à son copain.
Résiste!
Je me raisonne, je culpabilise un maximum en pensant bien fort à la mère de famille avec laquelle Thomas m'a brisé le c?ur. J'envisage de troquer mes bottes de cuir pour des bottes en caoutchouc et mon top dos nu, pour une chemise large? Il sonne. Il est en avance.
Alors que je lui sers un jus dans la cuisine, il me frôle pour essuyer un verre. Je tremble, je plisse les yeux. Reprendre mes esprits, me concentrer, respirer, me retourner? Chemise rouge sombre, deux boutons ouverts, pantalon noir et chaussures cirées de danseur. Pour peu qu'un flacon de parfum pour homme fût posé à côté de lui, j'aurais eu l'impression de discuter avec une page de magazine. Je passe la main dans les cheveux (selon mon geste "séduction imparable") et je m'appuie au mur.
Tanguons argentin
"Je?" Remords profonds, peur de gagner, le tout surmonté par un irrépressible désir de succomber. Je tente un dernier essai pour sauver mon âme des griffes gantées de soie du démon de la luxure.
"Ta copine va mieux?"
"Il faut croire que oui. Finalement, elle était trop malade pour venir donner cours, mais pas assez pour refuser un souper avec son frère. J'ai comme l'impression qu'elle se fout franchement de moi", murmure Fabrice en me regardant par-dessus son verre. Ses yeux frisent, mais il a le regard un peu triste. Nous restons l'un en face de l'autre sans bouger et sans parler quelques secondes. De lourdes secondes bien épaisses.
Puis, tout s'enchaîne: nous partons (il m'aide à passer ma veste en posant ses mains sur mes épaules) et nous arrivons au cours. Je m'attendais à un troupeau de pensionnés et de latinos. Pas du tout, je rencontre une dizaine de couples de 20 à 30 ans, dont certains en pantalon large et pull, d'autres en chemise et robe. Fabrice m'attire d'un geste net contre son corps, il m'attrape fermement la main. Je recule mon visage tellement cette intimité est forte, cela m'effraie. Le bando-néon commence à miauler? Je danse, "sans plus penser au lendemain", comme dirait l'autre. Non, ça c'est sûr: je pense à ce soir et à tout ce que j'aimerais faire? Avant demain!