Après une dispute enflammée, la réconciliation sur l'oreiller reste une valeur sûre: pas seulement pour la réconciliation, aussi pour l'oreiller (qu'on mord de plaisir)? Thomas et moi avons eu notre première grosse dispute.
Faites l'amour, pas la guerre. Ou alors faites l'amour quand vous venez de vous faire la guerre? L'amour "cessez-le-feu" ou le "petit coup de pouce" (gosses, quand on voulait interrompre un jeu, on disait "pouce"), c'est le câlin qui efface tout. Le véritable repos du guerrier, on efface les larmes en faisant perler la sueur. On fait taire nos langues de vipères en les fourrant dans la bouche l'un de l'autre, comme pour les sangler.
Thomas et moi avons eu notre première grosse dispute. Il m'a fait une crise de jalousie parce que Martin, mon ex, m'a appelée en pleurs à minuit. C'est fini avec sa copine à la face de fricadelle? ("Hôôôôôôô, flûte alors!") Il se sent "tout cassé de l'intérieur" et il a envie de me parler. Traduction: il a envie d'essuyer sa morve dans mon cou puis sur mes seins? Martin me
demande de venir, mais le coup de "J'appelle mon ex pour fuir mon chagrin dans ses bras", je connais. Je l'ai fait mille fois. Je lui dis qu'on peut en discuter par téléphone, mais que je ne pense pas que nous voir soit une très bonne idée? Résultat, je ne rejoins Thomas sous la couette qu'à 2 h 18 du matin. Je l'avais bien entendu aller et venir dans l'appartement comme un enfant jaloux (frigo-salle de bains-terrasse? Et retour).
Je ne fais pas de bruit en rentrant dans la chambre. Mais il m'attend, assis les bras croisés dans le lit. Je sens à son regard que je ne suis pas encore près de dormir.
Branle(-bas) de combat
Aux questions bateaux ("Si je te dérange?", "Tu veux que je rentre dormir chez moi?", "Je suis la roue de secours, c'est ça?"), succèdent les phrases qui hachent menu mon âme d'amoureuse. Le ton monte, les voisins tapent du pied? On en arrive au moment, toujours pathétique, où Thomas me serre le bras un peu trop fort et où je l'invite carrément à "me casser la gueule"! Il enfile son pantalon et sort, ses chaussures dans la main gauche et sa chemise et sa veste sous le bras droit. Après dix secondes de "connard, va!" intérieur, debout dans ma chambre. Je cours le rattraper en nuisette. Très spectaculaire comme scène de ménage: me voilà sur le pas de la porte, pied nus à près de 3 h du matin en train de m'égosiller: "Thomas, pardon. Reviens, s'il te plaît! Pardon. Allez?" Et comme il ne revient pas: "Sale coooon!"
La pipe de la paix
Curieusement, à ces mots, mon amoureux rebrousse chemin et se plante devant moi, avec sa chemise pas fermée (pas eu le temps) sous son veston chiffonné? Nous avons tous les deux les yeux pleins de fureur quand je lui saute dessus. Et notre ascension des escaliers ressemble plus à un combat lippu qu'à une étreinte. Comme on n'arrête pas de tomber, à essayer comme ça de monter en s'embrassant et en se déshabillant, mon Thomas, toujours plein d'initiative, me soulève dans ses bras et me fait passer la porte restée ouverte. Il me jette sur le lit sans sourire. La lueur animale dans son regard coléreux me met dans tous mes états. La frontière entre rage et passion est vraiment fine? Oui, je sais: nous n'avons pas discuté du fond de la question et les "petits coups de pouce" ne servent qu'à différer le débat. Mais qu'est ce que c'est bon, un peu de rudesse de temps en temps! Il faudrait maintenant qu'on arrive à se disputer sans se sauter dessus: ça pourrait nous rendre très belliqueux si le sexe était toujours à la clé? Mais j'aimerais aussi qu'on apprenne à s'empoigner avec cette hargne torride sans devoir se blesser avant.
Les ex doivent rester les ex, terminé, fini!!!