Quel choc quand je tente d'imaginer la vie sexuelle de mes parents! Pitié: pas papa-maman!
Ma mère, la chair de ma chair (à moins que cela ne soit l'inverse?) tombe en pâmoison, gémit et grimace de plaisir sous les assauts d'un papounet plein de vigueur. Gasp! Je me réveille en sueur. Un cauchemar atroce: mes parents, en train de faire l'amour avec autant de passion que Thomas et moi juste avant que je m'endorme. Quelle insanité, quel empiètement sur mon intimité? Non mais! Ça va aller, oui, de venir jouir dans mes rêves?
Bon, je sais que mes parents ont bien dû faire l'amour dans leur vie puisque ma s?ur et moi sommes nées. Mais je pensais qu'ils avaient dû le faire? deux fois. Allez, trois fois en comptant la nuit de noces. Eh bien, non! Depuis tant d'années, je refoule cette terrible vérité: mes parents sont sexués. Et ils demeurent même plein d'enthousiasme, selon ma s?ur qui est partie avec eux en vacances à Pâques. Beurk!
Cette vision m'a traumatisée
Mon sursaut cauchemardesque a réveillé Thomas à qui je raconte, avec des accents tragiques, les ébats oniriques de mes géniteurs. Il me répond: "Mais non, rassure-toi. Des parents avec une vie sexuelle normale ne pourraient pas avoir conçu une fille frigide comme toi?" Je lui écrase l'édredon sur la figure pour cette brillante marque d'humour nocturne. Ça le fait rire. Mais moi, franchement, cette vision m'a traumatisée. Est-ce que je les aurais surpris étant enfant? Ce
souvenir refoulé aurait-il choisi cette nuit pour remonter à la surface de ma conscience? Quoi qu'il en soit, impossible de me rendormir?
Thomas, toujours moqueur, me dit que "c'est quand même normal que nos parents aient profité des joies de l'amour avant nous? Je ne pense pas que notre génération ait inventé la sexualité?" Cause toujours, homme simple, et dors! Moi, je me plonge dans mes bouquins de "psychologie facile" comme les appelle Lulu, avec une couette et une tisane.
La maman et la putain
Ma théorie ensommeillée est la suivante: dans mon esprit d'enfant, la sexualité était associée à la reproduction. Or, après ma s?ur et moi, plus besoin d'un autre enfant pour combler mes parents. Donc plus besoin de "faire des bébés". S'ils avaient fait l'amour, cela aurait signifié que nous (je!) ne leur suffisions pas? Impossible! Les psys ne sont pas d'accord? En picorant dans les fardes et bouquins, je trouve une explication qui me semble tenir la route. "Le double standard de la vierge et la putain" expliquerait ma répugnance à imaginer ma mère se faire "farcir la mottellette" et mon père lui "sabrer la sucette"(1). La vierge et la putain, c'est en gros: "Toutes de s? sauf ma mère!" Ma môman est une vraie Espagnole de caractère, élevée dans la tradition catholique, mère de
famille et secrétaire en son temps? Je ne peux me résoudre à la visualiser en bombe sexuelle. Ses longs cheveux noirs étaient destinés à être inlassablement peignés par ses deux petites filles. Pas
à s'agiter autour de son visage fermé par le plaisir, dans une cavalcade amoureuse!
Penser que ma mère a fait autant de cochonneries que moi, peut-être même pires: noooon! C'est un peu comme le jour où l'on m'a annoncé que saint Nicolas? Enfin, vous savez de quoi je parle? Pas besoin de raviver la douleur.
Je retourne me coucher et Thomas me demande si j'ai fini de cogiter. Oui, je me sens déjà mieux. Même si j'ai du mal à visualiser la fornication de mes parents, j'ai partiellement intégré leur droit à avoir une vie sexuelle. Mais plus à leur âge, quand même? Si, Lola. Si! Thomas se couche sur le côté et me dit que, lui, il imagine assez bien ma mère en train de? Pardon?!?
(1) Je dois ces jolies expressions à une chanteuse friponne des années 50, Colette Renard.