On critique les papys au volant. Pourtant la tranquillité et la lenteur ont leurs avantages. Surtout quand on dispose de tout un week-end avec un quinqua pour en apprécier la valeur.
Au programme: petits plats, promenades et grand matelas.
Faites vieillir vos amoureux en fûts de chêne! C'est le meilleur conseil que je puisse vous donner. Mon humble expérience se limite, bien entendu, à Thierry et à sa vigoureuse cinquantaine. Mais si tous les amants mûrs sont ainsi faits: quel scoop! Ma conscience professionnelle m'interdit cependant d'affirmer quoi que ce soit avant d'avoir procédé
à certains recoupements. Désormais, à moi les clubs de bridge, les rayons pêche et jardinage des supermarchés et les abords des écoles? des devoirs.
Vaillant quand il le faut et d'une persévérance rare: vive Thierry, vive la maturité! Après m'avoir asséné un pseudo râteau mercredi passé qui m'a finalement valu une nuit de rêve et des yeux de junkie, le lendemain au boulot, Thierry m'a proposé un week-end surprise à la campagne. Au programme: feu ouvert, petits plats, promenades et grand matelas. Ce satyre m'attire!
A l'aise?
Le décor me fait penser à un épisode de La clinique de la Forêt noire ou à un quelconque téléfilm allemand peuplé de belles ambitieuses et de vieux milliardaires s'ébattant sur des peaux d'ours polaire devant l'âtre? Cette atmosphère rustique nous pousse à nous concentrer sur nos amours. Ce qui n'est pas trop contraignant.
Du temps! Enfin du temps et de la lenteur. Pas de mauvaises pensées parasites qui envahissent trop souvent nos esprits "embrasés" du genre: "Bon, ça c'est fait. A mon tour?" Ou "Ça vient, oui? Je me lève tôt demain, moi!" Certes, c'est mal. C'est pourtant la "dura lex" du sexe routinier. Or, avoir la journée devant soi et le frigo rempli, ça vous relance un trimestre de travail en grandes pompes. Les syndicats devraient exiger trois ou quatre week-ends de pure fornication par an! Ça relancerait l'économie?
Peu mais bon!
On ne peut pas vraiment parler d'un record numérique sur le week-end. Peu importe: les "sept d'un coup" de Martin en son temps ne brillaient pas toujours par leur qualité, même si l'amour-propre en sortait regonflé. D'une main d'artisan, Thierry m'a menée au vice grâce à une vertueuse patience. Ne pas se contenter d'un frémissement quand on peut faire se tendre l'être tout entier? (oui, l'ocytocine me rend lyrique!). Ne pas voir le plaisir comme un aboutissement, mais comme une étape. Aller plus loin et y rester plus longtemps. Il est toujours surprenant de voir à quel point on peut aimer quelqu'un sans réellement le connaître, simplement pour la façon dont il nous a comprise? Et surprise. Le dimanche soir venu, je suis rassasiée. Je m'endors pour la première fois depuis longtemps avec la certitude qu'aucune minute de la journée n'aurait pu être mieux employée. Lundi: retour au boulot et discussions lourdes avec Mathieu qui voudrait bien qu'on se revoie "pour parler,quoi!". Je me répète toute la matinée cette phrase d'un vieux film: "On ne peut pas faire l'amour du matin au soir, c'est bien pour cela qu'on a inventé le travail".
Assise à ma place, je ne parviens pas à me concentrer tant des souvenirs, des séquelles, des sensations physiques
ressurgissent sans arrêt? Un état renforcé encore par l'absence de réponse de Thierry à mon SMS de ce matin. Je retire ce que j'ai dit à propos des revendications syndicales: trop de plaisir nuit à la productivité!