Thierry a su s'y prendre pour faire de moi ce qu'il voulait. C'est qu'avec l'âge, on comprend mieux la puissance de l'orgueil? Il m'embrasse... sur la joue!
Thierry, dans ma cuisine, est en train de mettre la dernière main à des tagliatelles au pesto dont je me souviendrai longtemps. Il a l'allure d'un ancien jeune premier. Et je vous jure qu'il ressemble davantage à Sean Connery ou Richard Dean Anderson qu'à Mickey Rourke ou Marlon Brando passé cinquante ans?
J'ai du mal à croire que je trouve ce "vrai bon père de famille" aussi sexy. Les pâtes sont délicieuses, j'aime la musique, j'aime le vin. Même si, par moments, j'ai l'impression que les bords de mon champ de vision se "floutent" et qu'un léger travelling avant, genre Feux de l'Amour, enserre la tête songeuse de Thierry. Son côté "prof d'unif charmeur" me fait sourire? Et il sait bigrement s'y prendre. Il me mène par le bout du nez sans utiliser une seule de ces perches rustiques si chères aux hommes plus jeunes? Si, si vous savez de quoi je parle: ces phrases d'une finesse insondable lancées avec un air malicieux par nos soupirants afin de nous "avoir".
Des exemples? Allez, juste pour vous rafraîchir la mémoire:
? Lui: "J'ai faim." Vous: "Il reste des pâtes dans le frigo." Lui: "Non, j'ai faim de toi!" (Please applause!)
Ou encore (très romantique):
? Lui: "Ton père est un voleur!" Vous: "Mais je ne te permets pas espèce de?" Lui: "Il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux!" (Et vlan, scotchée la meuf!)
Un dernier, pour la route.
? Lui: "Moi, je suis pour le respect de
l'environnement." Vous: "C'est bien, moi aussi." Lui: "Tu savais qu'on gaspille beaucoup moins d'eau avec une douche qu'avec un bain? Et encore moins si on la prend à deux, cette douche." (Sourire carnassier)."
A l'attaque?
Ce soir, les choses s'écoulent tranquillement, la tension sexuelle s'installe, gentiment mais certainement. Il n'est pas pressé, mon gentleman. Ce soir ou pas ce soir? Peu lui importe, il sait que la sauce prend et ça participe à son plaisir. J'oscille entre le personnage de petite fille intimidée, d'adolescente farouche et de femme accomplie. Aucun de ces rôles ne me convient réellement. Je pense qu'il perçoit mon malaise et même qu'il l'entretient. Affalé dans le fauteuil, Thierry fait tourner son vin au fond de son verre d'un air absorbé. Il ne fait rien, mais n'est pas non plus en attente. Ça m'énerve! Il est simplement là, à apprécier le moment. Je me lève de ma chaise, m'installe dans le sofa et me blottis contre lui. Il passe son bras par-dessus mon épaule et caresse mes cheveux. Après quelques minutes, je m'approche de lui pour l'embrasser.
Chacal puant!
Il m'évite, se redresse pour déposer son verre sur la table basse et m'annonce qu'il va "y aller". Je reste comme deux ronds de flan sur mon fauteuil pendant qu'il met sa veste. "Merci Lola, c'était une très bonne soirée." Je suis tellement surprise que je réagis le plus bêtement qui soit: "Aah, heu, d'accord. Merci à toi, c'était délicieux?" Il m'embrasse? sur la joue, ce chacal puant. SUR LA JOUE! Et il ferme la porte avec un regard de premier de classe: frustration. Non, mais on croit rêver! Qu'est-ce qu'il s'imagine, ce vieux débris? Que je vais me prendre un râteau, chez moi, dans mon propre fauteuil? J'en suis toute paf! Ma confiance dans mon attractivité sexuelle en prend un sacré coup. Je serre un coussin dans mes bras, entre rage et désespoir.
Je maudis sa descendance? Puis me rue sur la porte quand la sonnette retentit. Ce sadique me tend un bouquet avec un
regard de James Dean. Je l'attrape par le col et lui saute dessus en refermant la porte. Je l'insulte en reprenant mon souffle entre deux baisers. Je ne crois pas que nous arriverons jusqu'à la chambre?
J'A-DO-RE !! ^_^