Votre sexploratrice obligée a expérimenter un nouveau lieu de débauche. Il reste difficile à trouver dans nos régions: un igloo. Bâti par son Inuit domestique
Je sens que la neige n'a pas fini d'inspirer Martin?
Le réveil du samedi est d'ordinaire plus calme... Un cri strident me fait sortir douloureusement du sommeil. "Il neeeeeige! Il nei-ei-geu... Lolaaaa, réveille-toi. Lolita, mi amorrrrrr." Tout nu, debout sur le lit, Martin écarte les bras en roucoulant mon prénom à la Luis Mariano. Quand je sors la tête des oreillers, c'est pour le voir plonger sur son caleçon puis sur son écharpe.
Mon homme des neiges
"Mart...?" Il est déjà sur le pas de la porte, en boxer pour "respirer l'air pur". C'est sûr qu'une ridicule couche de 10 cm de neige purifie l'atmosphère en une nuit et que l'air des Ardennes vaut, ce samedi matin, celui des Alpes. Je ne dis rien, il s'agite comme un chien fou. Je replonge sous la chaude couette: l'air froid du dehors passe entre mon gamin d'amant et l'encadrure de la porte. Tout ce dont je me souviens, c'est un petit bisou glacé sur mon front et un "j'vais faire un tour, à tout'" exalté. Une bonne heure plus tard, je fais le café dans la maison de campagne de ma grand-mère que mes quatorze cousins et moi squattons à tour de rôle ou simultanément. Ce week-end, nous sommes en amoureux. Par la petite fenêtre givrée, je vois mon Martin, emmitouflé, s'affairer autour d'un monticule de neige: il a construit un igloo avec le fils du garde-chasse, notre plus proche voisin. Je me marre toute seule, ma doudoune sur les épaules et le nez dans le café. Martin, 30 ans et Lionel, 9 ans, se jettent par terre pour laisser l'empreinte de leurs corps dans la neige.
Vengeance glaciale
Bonne joueuse, je sors déguisée en bibendum pour aller visiter leur édifice. Avant de mettre le nez dehors, j'inspecte les alentours: je flaire la boule de neige perdue pour ma pomme. Mais tout est calme, ils ont dû aller chercher du matériel chez le papa de Lionel. Brouf. Je réalise un centième de seconde trop tard que c'était trop beau pour être vrai. Ces deux crétins étaient perchés sur le toit au-dessus de la porte d'entrée et attendaient le bout de mon nez pour me balancer un énorme tas de neige sur la tête. Ha oui, ça les fait beaucoup rire. Bravo! Mais allez-y: poilez-vous... Avec un juron que je ne peux répéter ici, j'attrape une des bûches stockées à l'entrée et me dirige fermement vers l'igloo. Les rires s'interrompent et les deux petits comiques sont soudain effrayés. Ils courent derrière moi avec des "T'es fâchée?" qui veulent dire "Lola, non, pitié pour notre igloo..." A hauteur de la construction, je vois qu'ils sont suffisamment à découvert, je saute derrière le monticule et les canarde bien à l'abri. Ils sont rassurés par mes intentions mais surpris par la précision de mon lancer. Martin court chercher une brouette et ils se cachent derrière elle comme des pleutres pour arriver jusqu'à moi. Là, j'ai beau courir, j'en bouffe de la neige. La Jeep militaire du papa de Lionel s'arrête devant chez nous et le petit saute dedans avec un vague "salut", complètement trempé et essoufflé. Martin lui lance, sans me
lâcher, "A demain". Lionel se retourne et hausse les épaules, les moufles ouvertes avec une moue de "peut-être"... Traduction: à sept heures, demain, il attendra Martin devant leur construction fondue.
Quand Nanouk nique
Il est mignon ce gosse, mais son départ tombe assez bien parce que malgré nos épaisses couches et la froidure, je sens que la neige n'a pas fini d'inspirer Martin. Après quelques roulades dans le peu de neige vierge qui nous entoure, il m'embarque sur son épaule, comme un sac à patates. Avec des monosyllabes aux accents teutons, il m'explique que lui, Nanouk, va me réchauffer dans son igloo. Je prétends me débattre mais le suis volontiers dans le petit monticule froid et humide. Les préliminaires sont précarisés par nos couches, gants, écharpes et autres... C'est pas grave, pas besoin. Par contre, je n'ai jamais autant béni la grande baignoire de ma bonne-maman que ce samedi, après avoir pris le frais...