Les hommes veulent une femme disponible et les femmes, un homme qui les désire. C'est pourtant simple, alors pourquoi ça coince?
A 10 ans, en revenant d'excursion, mes copines et moi hurlions déjà, à l'arrière du car, "La morale de cette histoire, lahilette, lahilê-ê-ête, c'est qu'les hommes sont des cochons!" Et on s'étonne que notre génération prenne les hommes pour des "obsédés sexuels", expression qui avait également la cote dans la classe de Madame Sabine.
"Ils ne pensent qu'à ça", "Toujours prêts", autant de phrases qui ont forgé dans nos esprits fragiles l'image d'un homme constamment dans le désir et en attente du bon vouloir de la femme. Mais le petit ton exaspéré qu'avaient nos mères en les prononçant a pu sonner de deux manières aux oreilles des petits garçons. Soit ils l'entendaient comme une excuse, un encouragement à jouer au docteur avec toutes les fillettes du quartier. Soit ils y voyaient un reproche, une injonction éducative: "Sois différent mon fils, ta femme n'est pas une poupée gonflable."
Homme cocotte-minute
Dans un cas comme dans l'autre, le "play-boy des bacs à sable" louchait sur la jupe courte de sa cousine, cela n'enlevait rien à son désir. Par contre, cela déterminait sans doute la façon dont il l'exprimerait plus tard à une femme. Notre monde se divise donc en deux catégories d'hommes: les cocottes-minutes et les casseroles. Ceux qui le font savoir quand ils sont à ébullition. Et puis ceux qui débordent en silence et qui comptent sur nous pour aller soulever le couvercle de temps à autre.
Aucune initiative
Le problème c'est que nous, les femmes, quoi qu'on en dise par-fois, nous avons besoin de nous sentir désirées. Parce qu'un "petit cochon" qui n'est pas à l'affût du moindre de nos mouvements, ça ne colle pas avec ce que nous ont appris les douces chansons de notre enfance. Il nous aime "pour nous, au-delà du désir charnel et de la basse luxure"... Cause toujours!
Ce n'est pas qu'on veuille du gros lourd qui nous vanne sans arrêt avec ce qu'il croit être de fines allusions. Mais le mec assis sur le bord du lit, les mains sur les genoux, qui fuit mon regard avec un sourire gêné... Pas deux fois. En plus, ceux-là ne sont même pas réceptifs à nos signaux tant, dans leur esprit, c'est nous insulter que de penser qu'on pourrait "en avoir envie".
Tant d'occasions loupées. Tous ces hommes qui n'ont pas saisi leur chance. Il aurait suffi de retenir une fille par le bras pour l'empêcher de le quitter avec ce trop sage bisou sur la joue. Au lieu de ça, chacun grimace de son côté de la porte d'entrée. Ne me comprenez pas mal: heureusement que les hommes doux existent. Mais si un mec se fie à notre mine pour savoir s'il peut, s'il doit faire comme ça ou comme ça, on s'ennuie. C'est le syndrome, déjà abordé dans ces sexpériences, du "comme tu veux chérie".
Tant d'expérience que ça?
Je reconnais que je suis critique et exigeante, injuste. C'est finalement pour eux que la situation doit être la plus difficile. Et j'ai pu constater que les hommes, même à 25 ans, n'ont pas toujours autant d'expérience et d'assurance que celles que nous leur prêtons. Paradoxalement, la spontanéité et le naturel, cela se travaille. Sur cette crête aiguë qu'est le rôle d'un homme, il peut basculer du côté du machisme (falaise de 90 mètres) ou glisser lentement sur la pente de la mièvrerie. On fond, si on l'aime, on peut toujours lui lancer une corde, non?