"Pas ce soir chéri!" On en rigole et pourtant, ce n'est pas toujours facile de la sortir, cette phrase-là, surtout au début. Trop bonnes poires, on fait l'amour pour faire plaisir, parce qu'on est bien élevées...
Sur le quai de la gare, je croise Stéphane, il était avec moi en rhéto. Très chic en costar cravate. Pas celui avec des épaulettes trop grandes, des boutons dorés et le revers satiné comme à la fête de fin d'année. Non! Un vrai costume, bien coupé, souliers vernis, chemise unie bordeaux et... un bonnet péruvien. C'est lui, il n'a pas changé. Si, un peu: l'âge adulte l'a rendu beau. Mais la débilité adolescente que j'appréciais a perduré sous ses airs sérieux. Quai 3, nous sommes tous les deux emmitouflés dans le souvenir d'une journée de stress. Impatients que ce satané train arrive et nous ramène au chaud. Mais quand nos regards se croisent et que - vieille coutume entre nous - nous nous insultons bruyamment avant de nous prendre dans les bras, on ne veut plus qu'il "entre en gare dans quelques instants" ce train. Je suis ravie de le retrouver. Il est heureux: copine et bébé sur le feu dans une maison pourrie qu'ils retapent à coup d'amour et d'eau fraîche.
Pour lui faire plaisir
Notre amitié n'était pas un modèle de transparence. Je savais bien que... Et lui, il croyait que je pensais... Un mystère de plus dans l'océan d'amours inabouties des adolescents timides. On s'est payé tant de fous rires qu'il doit rester des traces de l'endorphine sécrétée à l'époque dans mes prises de sang actuelles. C'était vraiment un grand ami, très
fertile en mauvaises idées et en projets de conneries. Stéphane m'a aussi appris, un peu malgré lui, à me méfier d'un terrible piège tendu sur la route de toutes les femmes modernes: le sexe poli. C'est-à-dire faire l'amour pour rendre service, pour ne pas blesser l'autre ou pour le garder dans ses filets.
Lendemain glauque
Stéphane n'était pas très sûr, déjà mûr mais encore "pur", comme on dit. Un soir, il me déclare une flamme touchante qui sentait bon la testostérone. Et j'ai cédé. Dans un accès de bonté, j'ai dit "Bon allez d'accord". Plus jamais! Depuis cette nuit-là, je ne "mords plus sur ma chique", j'esquive. Oui, ils sont vexés quand je dis non. Oui, j'aime Martin, mais je n'ai pas envie aussi souvent que lui. Quand je veux, je le fais savoir. Et quand je n'ai pas envie, il le sait aussi.
Ce n'était pas "si pire que ça" avec Stéphane! C'était plutôt émouvant. Mais l'"après" fut fatal à notre amitié. Le lendemain, il a osé me dire "merci" et je ne peux pas croire que je lui ai répondu "de rien". C'était fini, on le savait.
Esquive ou franchise?
Juste après Stéphane, j'usais de prétextes divers (fatigue, ragnagnas, rendez-vous chez, euh... la bouchère) pour me défiler. Maintenant, j'ai opté pour la franchise. Je ne lui dis pas: "C'est fou! D'habitude je suis chaude comme une baraque à frites... Mais, là, je ne sais pas, je n'ai pas envie." Je suis diplomate: "Ce que j'ai envie de partager avec toi est tellement au-dessus de tout ça..." (regard profond). Et quand je veux vraiment le tester (sadique, hein?), je lui propose de rester dormir mais vraiment "do-do". S'il réagit bien, il gagne un point. "Bien réagir", ça signifie qu'il ne part pas en claquant la porte, qu'il ne se couche pas à côté de moi, les bras le long du corps et le regard fixe. Cela veut aussi dire qu'il n'"essaie" pas, l'air de rien, tout en parlant de la grève de la SNCB.
C'est bizarre, les mecs ne doivent pas avoir toujours envie, eux non plus. Peut-être est-ce leur fierté et la crainte qu'on les croie homos ou, pire, impuissants qui leur donne du c?ur au ventre. Elle est là la différence entre l'altruiste femelle et le mâle narcissique. Nous pensons à l'autre et on lui rend service. Eux, ils préservent leur image. Ça vous choque? Youhou, une belle polémique en perspective! J'attends vos réactions.
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non , je pense qu'un homme bien dans sa tête et sa peau peut dire:"Non,j'ai pas envie ou je suis crevé "( mais c'ets rare lol).
Et bien dans mon couple c'est plutôt lui qui est du style "non pas ce soir... migraine" et moi du style "tagada youpy tsoin tsoin". Donc article très chouette mais je ne me reconnais pas. Je le fais lire à mon homme et je demande ses commentaires.