Il sent bon, il nous désire et on se réjouit de la suite des événements quand il nous couche sur le sofa... C'est déjà fini? Il lève lentement la tête, au bord des larmes: "C'est parti tout seul..." Bon, au dodo, alors?
Quand Lulu me dit, lasse, que son dernier copain, Patrick, est "EP", j'en déduis qu'il a étudié l'éducation physique (comme son ex, Luc). Donc je lui dis: "Ah, lui aussi..." Elle me foudroie du regard, "Mais, non, Luc n'avait pas de problème de ce côté-là." "EP"..., "EP"? Ecolier psychopathe? Ebéniste purulent? Eboueur patriote? Echevin de la peinture? Face à ma mine perplexe, Lulu m'éclaire sur la terrible vérité: "EP, pour éjaculateur précoce, Lola!"
Ah désolée. Je veux lui lancer une vanne du genre: "Il est vite HS alors?" Mais il est parfois préférable, devant certaines susceptibilités sexuelles, de s'abstenir.
Je sers un verre de rouge à Lulu qui s'est mise à parler toute seule en secouant la tête et en levant spasmodiquement le poing: "Grmbl, papossib, pffut, toujouràmoikçaharriv..." ou quelque chose d'approchant. Te tracasse pas tant Lulu!
Briefing
Après une enquête instructive, je peux déjà la rassurer: l'"EP", comme elle dit, n'est ni une maladie, ni un indice de mauvaise santé sexuelle. Au contraire, c'est la preuve que tout fonctionne bien dans la sexualité de son mâle. "Le signe d'une très bonne réaction physiologique à l'excitation sexuelle." Nous voilà rassurées, mais toujours pas comblées. L'éjaculation est un réflexe, il a donc de bons réflexes.
Selon les chiffres européens, plus de 35 % des hommes connaissent ce problème. Certains éjaculent même "ante portas" ("devant la porte", poésie...) c'est-à-dire avant la pénétration. J'ignore si c'est une nouvelle rassurante ou non.
Question de contrôle
En fait, ce n'est pas le temps écoulé entre la pénétration et l'éjaculation qui détermine si l'homme est "EP" ou non, ni le nombre de mouvements. "Tout homme dont l'éjaculation échappe au contrôle de sa volonté peut être considéré comme éjaculateur précoce, peu importe la durée du coït." A ce stade, je me fais copieusement engueuler par Lulu: "Mais je le sais bien, ce que c'est! Si déjà il tenait cinq minutes, je me ficherais de savoir s'il contrôle quelque chose ou pas, j'en aurais pour mon compte... Dis-moi plutôt si c'est curable." Ok, pas besoin de s'énerver, c'est curable. S'il s'agit d'un accident dû au stress ou à un mauvais apprentissage à la base (quelle manie aussi de sortir avec des jeunots!), on peut remettre le couvert et au second service, les deux devraient être rassasiés. La littérature parle également d'une "EP" en rapport avec une personnalité névrotique. Je consulte Lulu du regard. "Mheu, non! Il fuit, certes, mais il n'est pas fêlé..." Ça va, elle retrouve son sens de l'humour, c'est bon signe. Le troisième type est l'éjaculation précoce sous forme de "règlement de compte dans le couple". Lulu ne voit pas pourquoi. Nous optons donc pour le "mauvais apprentissage de base".
Rééducation
Souvent parce qu'il a tellement peur de mal faire, l'"EP" fait tout trop vite. Son angoisse le déconcentre (surtout face à Lulu qui en a vu d'autres) et il ne repère pas les signes précurseurs de l'éjaculation. Quand il sent que ça vient, il est trop tard, c'est déjà le point de non-retour. Il existe certains anti-dépresseurs qui, accompagnés d'un réapprentissage, sont efficaces dans 60 % des cas. L'homme ou la femme caresse le pénis, l'homme doit repérer l'imminence de l'orgasme et maîtriser son excitation pour ne pas l'atteindre trop vite. Ce travail peut durer plusieurs mois, un sexologue peut vous donner des conseils plus précis.
Réjouissant
Nous tombons aussi sur des conseils plus ou moins farfelus qui finissent de rendre à Lulu sa bonne humeur:
Lulu repart décontractée, espérons que ça va aider notre Patrick à se... contenir.